Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 13:50
 par Alain Galvan...


Il n'est plus nécessaire de disserter sur l'école et ses problèmes.Tout a déjà été dit et redit.Il s'agit maintenant d'agir.Pourquoi ne pas créér une école différente?Cette école sera celle de la réussite pour tous.Le chef d'établissement aura le choix des enseignants et ceux-ci seront tenus à une obligation de résultats.Tous les enfants seront valorisés et aucun ne devra être délaissé.

Tout le monde(adultes et enfants) devra beaucoup travailler et l'on s'efforcera de former des têtes bien faites.Cette école s'adressera aux enfants des familles moyennes et modestes.


Je suis prêt à rencontrer dès maintenant quiconque veut s'investir dans ce projet.Dilettantes s'abstenir.


Alain Galvan

alain.galvan@voila.fr

Par Alain Galvan - Publié dans : Service public de l'éducation
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Mercredi 11 mars 2009 3 11 /03 /Mars /2009 08:43

Suite  et fin de la contribution de Philippe Seigneur, faite pour "Alternatives Libérales", mais qui peut nous interpeller et nous intéresser
...

..................

Orientations vers une action politique

 

Ø            Problématique: Lignes de force, lignes de fracture

 

[     Le grignotage et la réforme distillée en micro mesures ne sont suffisantes pour faire face à une situation bloquée. Le passage en force sera par ailleurs de suite exploité pour verrouiller un peu plus  le système.

[     S'il n'est possible d'imposer un changement à ceux qui ne le veulent, il doit être cependant possible de produire en parallèle de l'existant, les conditions de cette nouvelle donne que nous voulons instaurer (voir solution 1)

[     Les blocages récurrents qui se sont imposés à chaque fois qu'un ministre  a voulu réformer l'école, même à mesure homéopathique, sont-ils rédhibitoires au point de rendre illusoire toute volonté de réforme?

[     Sans minimiser le conformisme et le conservatisme de ce qu'on pourrait  être tenté  d'appeler parfois, face à certains tout du moins, la caste enseignante, sans méconnaître sa capacité de blocage de toute mesure venue du dehors de la citadelle, ne peut-on essayer d'analyser sérieusement les raisons des échecs subis par tant de ministres ?

[     Tout d'abord, est-ce que jamais un seul s'est engagé à départir l'Etat de ses prérogatives excessives sur la chose scolaire ? Non point. A-t-on jamais pris le temps de faire bouger les lignes en interne? Il y aurait ici matière à de longs développements.

[     Par peur de la réaction épidermique de ce qu'on appelle de façon impropre le corps enseignant, entité introuvable à moins de considérer chaque prof que l'on rencontre comme un bout de chair épars de ce grand tout, nombreux ont été les réformateurs à contourner l'obstacle, et à distiller les mesures en autant de pièces difficilement réunies pour l'esprit, et alimentant  donc tous les phantasmes.

[     Il nous faut, d'autant au su de ce que nous proposons, trancher clairement avec cette méthode qui trouve toujours plus finaud que soi, et présenter en pleine lumière cette autre rive. Cet horizon que l'on propose d'atteindre, il nous faut le décrire sans ambages, donner à voir et à comparer sans rétention d'infos, et puis dans le sain exercice du dialogue s'obligeant à une tolérance jamais rassasiée, démontrer.

[     Ce tout cohérent, tout relatif bien sûr, s'il n'apparaîtra clairement qu'à certains, si seuls un nombre moindre encore n'en fera son objectif, il ne  faut surtout pas  le présenter comme à la sauvette. Si c'est un beau bâtiment, il nous faut en faire clairement l'article sans s'excuser de cette préférence. On forcera au moins certains au respect.

[     Insister sur les libertés recouvrées, semble un axe porteur, si tant est  qu'on sache rassurer. Les parents, mais également un certain nombre d'enseignants seront preneurs, si l'on cultive pas à pas les argumentaires adéquats.

[     Montrer que ce que nous proposons, bien loin de réduire l'égalité des chances, sera en mesure, sans nulle politique discriminante, de l'accroître et mieux l'assurer tout au long de la vie.

[     Faire valoir aux enseignants, qu'il vaut mieux être un peu plus exposé, au sein d'un contrat de droit privé, mais se retrouver plus libre de son enseignement, mieux considéré et traité tant  par le management, les parents ou les élèves, et last but not least, être payé enfin à son niveau d'études.

[     S'il y a donc des alliés à rechercher et à convaincre patiemment, il restera nombre d'opposants en l'état actuel de l'institution prise en otage. C'est pour cela que la solution réside dans un mix  relevant des  solutions 1            (externe-bâtir l'alternative à côté) et 2 ( interne- transformer l'EN)

[     Il convient enfin de distinguer deux attitudes d'AL:

-          le travail de fond qui,  comme AL n'a encore que peu les moyens de peser directement sur l'ordre des choses, doit permettre de faire bouger les lignes et de préparer la mise en place réelle des mesures préconisées. Nous ne devons ici d'évidence tout lâcher, mais influer intelligemment;

-          l'action politique directe, à chaque fois qu'Al à un niveau ou un autre, aura les moyens de peser de façon décisive sur les orientations politiques du pays.

-          Nous ne devons venir les mains vides, et c'est pourquoi sur un terrain comme celui de l'école, AL doit se donner les moyens de ses ambitions, en diligentant les études amont nécessaires et en réfléchissant aux meilleures stratégies à mettre en place pour faire passer les mesures qu'elle préconise.

 

Ø            Les Premières propositions retenues à  Alternative Libérale

 

Consulter par référendum la population, la première mesure proposée, va dans le bon sens, si  l'on en juge par une enquête parue en 2004, laquelle faisait apparaître un  très large assentiment en faveur d'une sortie de la sectorisation scolaire.

 

Mesure 16 : Référendum sur l’éducation centré sur la liberté de choix des parents

(super idée. Bcp plus fort que la simple « autonomie des universités »…)

 

Mesure 17 : Réforme du recrutement et de la formation des chefs d’établissements du public (objectif : rendre crédible l’autonomie des établissements en les confiant à de vrais professionnels (des profs ou pas) formés au management) 

 

On pourra agir de ce point de vue, quels que soient nos premiers résultats électoraux. Nos alliés à même de faire bouger les lignes sont les parents nombreux qui ne veulent se voir imposer l'école de leurs enfants. Nos moyens doivent prévoir une bonne dose de benchmark, mettant en lumière les nombreuses expériences étrangères, ce d'une façon attrayante et lisible.

 

Effet induit:

La liberté de choix oblige les établissements à obtenir des résultats crédibles et les pousse donc à la revendication d'une autonomie de gestion  et  pédagogique.

 

 

 

 

Ø            Les mesures suivantes proposées

 

L'ensemble des mesures avancées ci-après ne sera nécessairement présenté ainsi et a vocation à toute recomposition utile.

 

Mesure X1 :

 

Instaurer un statut d'autonomie de l'établissement scolaire pour lequel peut opter tout établissement public ou privé sous contrat d'association ou non, sous condition d'un vote favorable du conseil d'établissement au 2/3,

[et d'un vote favorable d'un collège électoral composé des parents actuels (et passés ? dans quelle proportion alors ?), à la majorité simple ?]

 

Le fonctionnement en autonomie des établissements (liberté de gestion, et liberté d'organisation y compris pédagogique, dans le respect d'un cahier des charges, peut requérir une certification management du chef d'établissement - ?) doit relever d'une option libre d'être choisie par tout établissement, et soumise pour homologation simple à la Haute Autorité qui ne peut s'y refuser plus de deux fois consécutives.  Les enseignants  et les parents doivent pouvoir être consultés avant prise de l'option. Nous ne devons restreindre cette possibilité aux seuls établissements en difficulté, mais l'ouvrir à tout établissement y compris privé sous contrat d'association avec l'Etat.

Dans un premier temps, les établissements doivent employer des enseignants inscrits  sur une liste d'aptitude. A terme il faudra étendre la faculté d'embaucher des établissements sous réserve d'un niveau minimal requis à définir.

Le niveau de compétence requis par exemple en Finlande, est à BAC + 4 suivi d'une formation qualifiante de 3 ans + (de mémoire…) Sans doute la formation doit être encadrée par un cahier des charges et la compétence doit être évaluée dans le cadre d'une certification nationale, mais les formations n'ont  vocation (voir + haut) à être effectuées dans les seuls IUFM.  D'autre part, la formation continue doit devenir la règle : ainsi des formations spécifiques ne devraient-elles pas être suivies pour pouvoir enseigner dans une situation ou une autre ( niveau scolaire, etc…)

 

Corollaires:

-          accès au  métier par examens ou concours (préférence pour une sélection à l'entrée  et des  examens finaux. Leur réussite ne garantit nulle embauche à priori). Faut-il maintenir l'agrégation et quid des droits à l'emploi à vie qui vont avec ?

-          statut des enseignants :  cadre général proposé par AL, passage du statut de fonctionnaire au statut de droit privé commun ( liberté de contracter ici aussi. La concurrence doit jouer ici aussi). Je n'insiste ici sur ce qu'il convient de développer au plan du travail enseignant,  hors temps de face à face.

Mesure X2

Diversifier les voies d'accès aux métiers d'enseignants ( point très important qui comprend aussi la liberté de créer des formations qualifiantes dans les écoles et réseaux d'écoles constitués). Créer une réserve de recrutement (l'idée est de disposer de plus de personnes compétentes, n'exerçant pas nécessairement le métier d'enseignant toute une vie, mais y ayant compétence)

Mesure X3 :

 

Liberté de création d'établissements scolaires sous réserve du respect des lois  et règles en vigueur. Ceci vaut du pré-scolaire à l'enseignement supérieur compris. Tout établissement supérieur  privé a de plus le droit de s'appeler université.

 

Il faut ici prévoir de restituer à la société civile, cette faculté qu'elle doit garder, de produire des écoles et réseaux d'écoles. La réserve permet dans les faits d'éviter l'institution d'écoles ne respectant pas le socle de droits et de devoirs afférents à notre république. Ainsi, il ne peut être question de tolérer une école religieuse, qui imposerait des règles contraires à la loi commune. Il faudra  créer un corps d'inspection  national spécial  chargé de cette tâche et dûment formé à l'accomplir avec diligence.

 

Les établissements peuvent ensuite ou non chercher l'homologation  simple qui leur permettra de bénéficier du financement par chèque éducation. Ils se conforment en ce cas, au cahier des charges spécifique prévu.

 

 

Mesure X4 :

 

Abrogation ou éventuellement simplification draconienne du code de l'éducation. Cette abrogation ou simplification est comprise dans un article d'une loi cadre fixant  et limitant la compétence  de l'Etat en matière scolaire.

 

L'encadrement  des réseaux publics, est confié aux régions, qui délèguent la gestion des établissements aux établissements eux-mêmes.

 

Cette loi fixe et délimite  les prérogatives de l'inspection de l'EN, structurée nationalement et régionalement, et ses modalités de décision (les études et audits doivent ainsi être délégués sur appel d'offres à des entreprises spécialisées) et de contrôle[1]. Reste à l'inspection, la lecture, l'analyse, la décision et la prospective.

 

L'ensemble des résultats des investigations suite à l'évaluation annuelle, doit être consultable, ainsi que les pièces et données, préalablement rendues anonymes,  ayant permis de les produire. Cette traçabilité  doit permettre à toute personne ou  groupe qui le souhaite de diligenter une contre-enquête  sur tout ou partie des résultats produits.

 

Cette loi donne un rôle clé à la Haute Autorité de l'Education,  rendue indépendante de l'administration du ministère, dotée des moyens  de son autonomie, et rendant compte à une commission spéciale de l'Assemblée qui lui commande études et rapports. La Haute Autorité produit une évaluation annuelle du système éducatif.

 

Mesure X5 :

 

Redéfinir les compétences et les prérogatives de la Haute Autorité de l'Education. Introduire à coté de la nomination de ses membres majoritaires par les autorités de l'Etat, un collège élu par les établissements. La Haute autorité diligente les études demandées par la commission éducation de l'Assemblée.

 

La Haute Autorité ne peut statutairement restreindre la liberté scolaire. Elle a vocation à la garantir et à l'étendre.

 

La composition actuelle de la Haute Autorité doit être modifiée.

 

Pour mémoire, il s'agit d'un organisme consultatif sous tutelle du ministère et qui ne dispose des moyens réels de son autonomie. Trois de ses membres sont désignés par le Président de la République, deux par le président de l'Assemblée, deux par celui du Sénat, et deux enfin par  celui du Comité économique et social.

 

Les membres désignés devraient être réduits à cinq ( 2, 1,1,1), quatre autres membres étant élus par la profession (collège à définir), selon un mode de scrutin à établir nationalement. Cette élection ferait partie du package de votes lors de l'élection présidentielle, chaque quinquennat. Le président serait élu parmi ses pairs pour cinq ans à la majorité simple.

 

Dans sa nouvelle mouture, la Haute Autorité a en charge :

-          de produire une évaluation régulière de la situation scolaire du pays, sur la base des données librement consultables auprès de l'inspection mais aussi de contre-enquêtes ou enquêtes supplémentaires de son initiative ou demandées par l'Assemblée, instance politique à laquelle elle est rattachée et qu'elle a pour mission de renseigner;

-           de gérer le système d'homologation simple des établissements éligibles au  financement public par chèques éducation;

-          de définir le socle commun de connaissances visé en fin de scolarité obligatoire. Ce socle commun n'est en aucun cas un programme tel qu'entendu, mais une sorte de référentiel qui fixe des seuils à atteindre;

-          D'élaborer les tests nationaux et d'en traiter les résultats.

 

Le conseil consultatif qui lui est  pour l'instant associé, typique de la cogestion de l'Etat par les syndicats, est supprimé. 

 

Les services de ce Haut Conseil, d'autre part ne comportent pas de fonctionnaires, mais seulement des salariés régis par le droit privé. Un nouveau comité ne peut cependant procéder au licenciement de plus de la moitié des salariés existants avant deux ans.

 

Un membre désigné ou élu du conseil, ne peut faire partie du conseil plus de dix ans.

 

 

 

Mesure X6

 

Un système de financement de la formation initiale de l'élève par chèques éducation démonétisés est instauré. Les familles bénéficient d'un chèque par mois, dont le nominal est fixé chaque année en loi de finances, selon  un mode de calcul  à définir visant à éviter  toute progression anormale de la dépense. Elles attribuent en fait ce chèque à l'établissement de leur choix pour un minimum de deux mois consécutifs, le traitement étant fait sur site internet, soit de chez soi, soit sur une console publique de traitement ad'hoc.

 

Je n'entre ici dans des propositions plus techniques traitées ailleurs et concernant les financements autres que par  vouchers. S'il faut laisser à mon avis libre cette faculté, il pourrait être judicieux de procéder à un prélèvement minime sur les ressources globales dépassant x % de la masse des chèques éducation. Ce prélévement alimenterait une caisse finançant en partie au moins les mesures de redressement d'un établissement en perdition, ou encore des projets dans des établissements ne disposant que des vouchers.

 

Pareillement nous ne sommes rentrés dans le détail. Est-ce que les vouchers couvrent aussi l'immobilier, loué ou acheté ? Toutes questions à méditer.

 

Mesure X7

 

La gestion décentralisée du financement des écoles est confiée à une direction spécifique des impôts. Elle gère au niveau régional,  la mise à disposition  des chèques aux familles via un site internet ad'hoc. (offre SeiMCD en préparation). Cette gestion est en fait déléguée sur cahier des charges, pour des périodes de  cinq ans, aux entreprises ayant soumissionné l'appel d'offres. Une évaluation nationale est confiée à la Haute Autorité, qui établit ainsi un suivi régulier de la qualité du service fourni, et veille à améliorer le rapport coût/qualité.

 

J'ai séparé ici  la gestion des services du ministère de l'EN (qui ne garde en fait pour l'essentiel que des services revus et corrigés d'inspection), de la Haute-Autorité, reliée au Parlement,  du système de financement d'accès à l'enseignement (dispensé par des établissements publics et privés homologués). 

 

Le ministère  fait procèder de façon décentralisée, à  l'inspection régulière des établissements homologués. Il prend appui sur les données fournies  régulièrement par le Haut Conseil de l'Education.

 

L'inspection confie le suivi et l'évaluation spécifique d'un établissement à un  partenaire privé sélectionné après appel d'offres et ne pouvant être habilité sur une école ou un groupe d'écoles plus de deux fois de suite.

 

L'évaluation a comme premier objectif de générer une information libre et non faussée des usagers de l'école, au delà des données fournies par la  Haute Autorité.

 

L'inspection peut dans ce cadre émettre un avertissement à un établissement qu'elle juge en difficulté. En ce cas, la Haute Autorité est saisie et diligente une enquête approfondie.  Après formation d'un conseil des deux parties, il peut être décidé  diverses mesures  à laquelle l'école homologuée est obligée de se conformer (mise sous surveillance, procédure de redressement sur deux ou trois ans avec mesures d'aides spécifiques financées par le fonds de péréquation régional ). A l'issue d'une période probatoire de trois ans, et suite à nouvelle enquête contradictoire, le même  conseil peut renouveler sa confiance ou mettre fin à l'homologation de l'établissement, ce qui ne vaut fermeture de l'école, les parents désireux de poursuivre avec elle, pouvant déduire l'intégralité de leurs dépenses de scolarité de  leur IR.

 

En admettant que l'IR soit prélevé à la source, l'avance serait d'un trimestre. Cependant les établissements hors homologation  ne peuvent bénéficier des fonds d'aide et autres subventions  sur projets.

 

 

Mesure X8

 

Permettre à tout parent dont l'enfant est scolarisé dans un établissement non homologué à recevoir les chèques éducation, de déduire à trimestre échu, de son IR prélevé à la source, l'intégralité des frais de scolarité à hauteur du nominal du chèque-éducation correspondant au niveau scolaire de son enfant.

 

Cette mesure permet de ne pas réduire de fait la liberté de choix des parents aux seuls établissements homologués, et vaut de fait abrogation de la loi Falloux. Il faut restituer au contribuable sa pleine liberté de choix, au delà de ce qui est consenti.

 

Mesure X9

 

Instituer un  test national obligatoire à l'âge  de 12 ans.

 

Tout enfant en âge scolaire est tenu de se soumettre à ce test. C'est la contrepartie du financement public consenti et de  la grande liberté de choix garantie. On peut éventuellement en préférer plusieurs, un en fin de primaire, l'autre en fin de secondaire.

 

En toute occurrence ce ou ces test(s)  doivent permettre une approche fine et précise, et sans chausse-trappes, des acquis et lacunes réels de chaque élève. De plus ils doivent pouvoir être utilisés pour un pilotage aval de l'élève dans chaque matière testée.

 

Un examen d'études secondaires final, au niveau BAC, peut être maintenu mais simplifié, mais il serait préférable de ne même plus le prévoir.

 

Bien évidemment, les établissements supérieurs publics et privés, sont libres d'instaurer les sélections à l'entrée des filières, de leur choix.

 

Mesure X10

 

Permettre à tout établissement la libre création de diplômes.

Le monopole public doit ici aussi cesser. Les diplômes attribués en effet peuvent être évalués sur un marché libre qui les jaugera et les comparera, ce qui ne sera sans susciter une saine émulation.

 

Mesure X11

 

Permettre à un élève sorti de  l'école plus tôt, de reconvertir ses chèques-éducation non utilisés, en les intégrant dans un compte formation par points (utilisable pour financer le temps de formation ou/et payer la formation elle-même)

 

Si par exemple, un jeune est sorti de l'école et travaille avant sa majorité, par exemple de 16 à 18 ans, les deux années de chèques-éducation dont il ne s'est  servies, sont reconverties en points formation (inspiration A. Madelin).

 

Mesure X12 – interne au réseau public ou faisant partie des objectifs du socle de connaissance

 

Instauration pour les deux premières langues vivantes étudiées, d'un vrai parcours d'apprentissage, avec une suite d'échanges linguistiques, virtuels et réels de diverses intensités et longueurs. On doit ici se servir des dispositifs européens Léonardo et Socrate. L'objectif est de permettre à un nombre croissant de sortir de la scolarité obligatoire en étant vraiment bilingues ou même trilingues.

 

L'apprentissage des langues doit être infiniment mieux entrepris en France. Tester le niveau linguistique atteint dans une langue au moins permettrait de booster cet objectif.

 

Je n'ai évoqué ici  dans les mesures l'organisation des écoles, et la préférence qu'on devrait donner au temps utiles, aux parcours individualisés et en partie à al carte. C'est à chaque école de bâtir son offre, elle sera testée, évaluée d'une double façon (par les élèves et leurs parents, mais aussi par le fait des dispositifs d'évaluation récurrents mis en place, et diligentés par l'inspection régionale et la Haute Autorité), et se dégageront en ce marché les solutions probantes et innovantes. Peut-on laisser  dire les crétins que ce serait alors au détriment des plus faibles ?

 

 

Philippe Seigneur



[1] L'inspection, est  ainsi obligée de déléguer son pouvoir d'investigation à des partenaires privés, lesquels satisfont à un cahier des charges et ne peuvent souscrire à un appel d'offres concernant un même territoire (une région ou le pays) plus de deux fois, après quoi ils ne peuvent soumissionner  cette offre pendant deux ou trois ans pour les mêmes établissements.

 

Par Philippe Seigneur - Publié dans : Service public de l'éducation
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Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 23:55


Un texte de Philippe Seigneur, écrit pour Alternatives Libérales...Qui peut nous intéresser
.

 

 Publication de la première partie.

 

 

Etat des lieux

 

-          La main-mise de l'Etat sur l'Education

-          Une pédagogie erronée

-          Le mythe égalitariste, générateur d'inégalités

-          Le mythe de l'école unique

-          Un échec patent

-          Une école d'ancien-régime ?

-          Le décalage français

-          Sortir du dirigisme, laisser advenir la pluralité des réponses

 

Analyse et perspectives

 

-          L'un, le multiple

-          Non pas tant  réformer, que rompre, déplacer

-          Le triptyque libéral de base

-          Vers une obligation de résultats

 

Orientations pour une action politique

 

-          Problématique: Lignes de force, lignes de fracture

-          Premières propositions à Alternative Libérale

-          Mesures  suivantes proposées

 

 


Etat des lieux

 

Une école percluse de maux divers:   monolithisme, égalitarisme, pédagogisme, diplomite , etc…

 

Ø            La main mise de l'Etat sur l'Education

 

 

En France, l'ensemble du  système éducatif relève encore du monopole de l'Etat, peu ou prou. Si l'enseignement privé essentiellement confessionnel dispose de ses propres réseaux, il est le plus souvent soumis au régime du contrat d'association, ce qui prive les établissements concernés de toute réelle autonomie, notamment au plan pédagogique.

 

Très vite, à la Révolution notamment sous l'influence de Danton, l'école est devenue[1] la chose de l'Etat, ce par quoi il entendait induire son action au sein de la société civile, au nom d'un intérêt général,  supérieur à tous les intérêts particuliers. Ce jacobinisme s'inscrivait dans un  mouvement hypercentralisateur au long cours, qui fut encore renforcé par Napoléon, et se retrouva dans l'école de Jules Ferry. L'alliance entre les conservatismes de droite et de  gauche qui s'est imposée dans les faits depuis plus de soixante ans, a encore accentué cette main-mise de l'appareil d'Etat  sur l'éducation. Nous sommes du reste passés d'instruction publique, à éducation nationale au cours de cette longue histoire.

 

L'école, bien que dotée de budgets imposants et en constante expansion, l'école est devenue de fait une sorte d'état dans l'Etat, entendant régir la formation et l'éducation de tous, dés le plus jeune âge.  Espace investi majoritairement par une gauche qui en a fait dés Langevin-Wallon, son bastion et sa base de repli, toutes les réformes tentées ou entreprises jusqu'à présent  y ont échoué.

 

Plus récemment, lors du grand débat, il est vrai largement pris en otage par les organisations syndicales, un consensus a semblé s'imposer, consistant à ne rien modifier ou à la marge, de l'emprise étatique. Les colberto-jacobino-marxistes se recrutent il est vrai dans tout le panel politique. Ce grand déballage pour rien a donné la loi d'orientation (une tous les quinze ans) dite Fillon, qui tout en pratiquant la réforme homéopathique (une haute autorité mais sans autonomie réelle et surtout sans moyens propres d'investigation) a en fait entériné le statu quo existant, même si certaines  évolutions pourraient être induites à la marge avec un peu de volonté politique.

 

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Cette école qui prétend sans rire pouvoir être la même partout en tous les recoins du  territoire, cependant, fonctionne mal, et ne produit pas les résultats que de loi en loi, l'on promet pour un moyen terme.  Inadaptée, mal organisée, peu réactive et si retorse à l'invention, laissant perdurer des aberrations pédagogiques en son sein, l'école publique actuelle en fait, entérine plus qu'elle ne corrige les inégalités de naissance qu'elle rencontre. Enfin la sectorisation scolaire n'est contournée que par les mieux avertis ou/et les mieux fortunés.

 

Est-il sérieux de vouloir faire l'école indépendamment des publics qu'elle rencontre ? Est-il à  l'autre bout acceptable d'arranger les enseignements initiaux en les dénaturant pour maintenir  une fausse paix sociale ? Pourquoi ne prend t-on que si peu appui, sur les innovateurs qui çà et là s'acharnent envers et contre tout, à produire des solutions originales ? Pourquoi cette obsession du même partout, comme  soi-disant gage de la justice sociale ? Pourquoi la liberté de choix des parents et élèves  relève le plus souvent  du parcours du combattant, et n'est  en fait que bien peu assurée ? Pourquoi enfin cette intrusion systématique de l'Etat dans ce qui relève des prérogatives légitimes  des familles?[2]

 

Quelques constats:

 

Ø            Une pédagogie erronée

 

Les maux sont connus et longuement dénoncés dans nombre d'ouvrages. Enseignements initiaux soumis au diktat d'un pédagogisme quasi-criminel qui semble préférer l'animation à l'instruction et désarçonne d'emblée les plus faibles; fort taux d'illettrisme à l'entrée en sixième, quoique sans doute encore minoré, qu'on retrouve du reste à la sortie, avec 20% d'une classe d'âge qui sort de quasi 15 ans d'écoles, sans qualification. La démocratisation de l'école, s'étant jouée au travers du concept de collège unique, l'on a certes arrangé l'accès au sésame final qu'est le bac, mais en le déclassant. L'objectif de 80% d'une classe d'âge au Bac n'a certes été encore atteint, mais il a été maintenu dans la récente loi censée fixer le cap du bateau France, question école.  Ce qui n'empêche pas les étudiants d'échouer en masse, deux ans plus tard, sans même décrocher un Deug. Non seulement la proportion d'une classe d'âge allant dans l'enseignement supérieur est faible comparée à d'autres pays (37% comparée à 62% aux EU et à +70% dans les pays d'Europe du Nord), mais qui plus est la réussite, nécessairement singulière, n'est pas au rendez-vous pour beaucoup.

 

 

Ø            Le mythe égalitariste générateur d'inégalités…

 

Le rôle tant vanté d'ascenseur social de l'école républicaine semble ainsi avoir fait long feu. Bien que l'on veille jalousement sur les formulaires gossplan, à un strict égalitarisme (ubuesque et irréalisable formellement dans les faits…), la réalité est en effet toute autre d'une école ou d'un lycée à un autre. En effet, mis à part les initiés, dont les enfants d'enseignants font ou peuvent faire partie, tous les autres sont assignés à résidence scolaire dés le début du parcours. Sous prétexte d'une soi-disant égalité de traitement, l'on a dans les faits, entériné les partitions sociales, ce qui n'est du reste sans fournir les contingents de mécontents dont les crypto-marxistes ont besoin.

 

L'égalitarisme, d'autre part, en s'attachant à produire un élève modèle introuvable et en ignorant , équeutant ou écrêtant tout ce qui ne rentre dans ce cadre sociologisant, ignore la singularité de chacun, son nom propre. La tortue comme le lièvre sont ici perdants,  puisque n'est accepté qu'un composé artificiel introuvable auquel il faut au mieux ressembler pour être l'élève conforme. Au reste, la signification d'apprendre par cœur est ici largement méconnue dans son intelligence première, tout à fait appréciable. L'oral, qu'on a voulu pourtant booster, est bien sûr ici,  le parent pauvre de ce qu'on n'oserait peut être appeler école, si l'on réfléchissait un peu mieux à ce que Montaigne nous enseigna brillamment autrefois. A force de vouloir rendre égal tout à tout prix, le syndrome de Caïn, conduit inévitablement à rompre l'égalité politique que chaque élève serait en droit d'attendre. Ce qui fait accepter la différence de l'un à l'autre sans cesse en jeu, c'est en effet la stricte observance d'une égalité politique de l'un à l'autre. Et si chaque élève est égal politiquement et pourtant singulier, alors pour respecter la seule égalité jouable, il faut en venir à tenir au mieux compte de la singularité de chacun à chaque instant. Ce n'est  pour autant en remplaçant la classe par le cours particulier ou le tout petit groupe, mais en reconnaissant le jeu des altérités en toute configuration plutôt qu'une prétendue identité introuvable, ou tout du moins problématique. Il ne s'agit pourtant nullement de mettre l'élève au centre[3], mais bien de considérer les subjectivités, sans les réduire à une objectivité formelle et déjà utilitariste, méconnaissance des visages par laquelle, d'ores et déjà, l'on dénombre les êtres. Et les manque. As we use to say, i miss you.

 

Ø            Le mythe  de l'école unique

 

Là où d'autres systèmes scolaires  n'ont cessé de développer  un vrai système d'évaluation et d'orientation, d'écoles diverses et en concurrence, nous avons préféré le mythe d'une école unique ignorant ou mal accueillant dans les faits, différences, difficultés et potentialités singulières. Ou ne pouvant tout du moins les prendre réellement en compte. Cela va avec un présupposé de base de l'école française, entendue comme creuset  où doit se forger la nation, et où doit au fond disparaître ou s'effacer peu ou prou la singularité de chacun.

 

Ø            Un échec patent

 

Les désastreuses expérimentations pédagogiques nées d'une forme lamentable de charité sociale qui prétendait  rendre accessible à tous l'accès à la connaissance en l'édulcorant, ce qui n'a été sans la dénaturer, n'ont été sans détruire de nombreux écoliers en des générations successives. Sans  un rigoureux ensemencement initial qui passe par l'apprentissage systématique des bases initiales, ce que j'appelle les gammes, les étapes ultérieures sont rendues inaccessibles ou tout du moins inutilement difficiles. Certes un petit nombre incompressible d'élèves en échec reste incontournable, mais l'inflation des soi-disant dyslexiques est imputable à ces méthodes insensées, qui ont, par exemple en français, prétendu remplacer les apprentissages initiaux par les sous-produits fumeux d'une approche linguistique de la langue. Je produis ainsi au mieux des spectateurs passifs de la langue, incapables de s'en faire une alliée, mais point des acteurs indépendants, cultivant chaque jour davantage leur libre arbitre et leur capacité à  intervenir dans le monde.

 

Cependant imposer par la loi, une sortie de cette approche que je crois profondément erronée et délétère, ne peut relever que de l'authentique solution libérale préconisée plus loin[4]:  si tant est que certains prétendent perdurer avec leurs méthodes plus ou moins globales, laissons-les s'emberlificoter dans leurs incohérences, mais simplement n'imposons à nulle famille, l'obligation que ses enfants les subissent. Publions, pour protéger le libre choix des abus qu'on pourrait être tenté d'en faire, les résultats comparés des écoles, recueillis et mis en forme par des cabinets d'audit privés, eux-mêmes mis en concurrence et ne pouvant s'arroger une position de monopole. L'approche aberrante cessera  rapidement sans qu'il y ait là besoin de promulguer une énième loi ou quelque décret.

 

 

Ø            Une école d'ancien régime ?

 

La course au Bac tient  lieu en cette scolarité de viatique. Dés le début, alors qu'il conviendrait de cerner et d'accompagner les singularités dans un vrai processus d'apprentissage, l'on met les gosses en situation de compétition. Or celle-ci  vient trop tôt pour être bénéfique[5]. Je veux bien participer à un jeu si j'ai quelque chance de gagner ou tout du moins de n'y être pas ridiculisé, guère autrement. Il ne faut ainsi s'étonner que les zéros pointés aient développé une résistance et une allergie hors du commun à la chose scolaire. Aucune organisation humaine ne résisterait bien longtemps ainsi, comme n'est pointé que ce qui va mal. Et il ne suffit de contrecarrer cette discrimination par une autre dite positive. Il faut tout simplement se mettre en mesure d'accompagner chacun à son rythme, lui même divers et changeant, tout du moins à chaque phase d'apprentissage. Et ne pas enfermer un élève dans un résultat, mais au contraire lui  permettre de le dépasser. Si l'on se réfère par exemple aux arts martiaux, ne vont au combat que ceux qui sont passés par les apprentissages successifs nécessaires, les autres s'éclateraient sur le mur.

 

Plus l'écolier avance dans sa scolarité, plus la pression se fait forte. Le seul horizon valorisé étant  ce mythique bac,  tout autre orientation est le plus souvent vécue comme injure ou échec, ce qui n'est pas sans expliquer le peu d'entrain qu'ont les jeunes à se diriger vers des voies professionnelles pourtant ouvrant à des emplois pérennes, (en des secteurs où l'offre ne trouve suffisamment preneur), bien mieux qu'un enseignement général  mal ingéré.

 

L'on peut représenter le système scolaire français par deux triangles, formant pointe à pointe un sablier. Dans le premier triangle, base en bas, pointe en haut, tout le monde court vers  un sommet, et c'est toujours plus étroit, dans le second, pointe en bas, s'évasant vers le haut, les sélectionnés, peu nombreux, disposent toujours plus, le temps aidant, d'espace, de pouvoir, et de reconnaissance. Surprotection du déjà dans la place face au nouvel entrant, qui n'est sans expliquer, entre autres phénomènes, la complicité  de fait entre les corps de troupe et la haute fonction publique.

 

L'on comprend que, dans ce contexte, les ménages dépensent sans compter pour placer au mieux leurs enfants dans cette course où tout se joue autour de 18 ans. L'on comprend aussi qu'ils dévalorisent  généralement les filières professionnelles.

Au reste, même l'accès réussi à l'enseignement supérieur n'est qu'un leurre. Il y a d'un coté des universités tout aussi nombreuses que sous-financées, où s'engouffre la piétaille de ce peuple mal dégrossi, qu'on qualifie de moyen, puis, à l'écart, des grandes écoles à l'accès difficile, seules garantissant une vraie élévation. Je caricature à peine, si l'on observe les enquêtes. Un parcours repris après, ne mènera qu'exceptionnellement à une vraie équivalence dans les faits.

L'on a au préalable, sélectionné par la quantité plutôt que par la qualité, ce qui n'est sans favoriser, celles et ceux qui bénéficient d'un environnement socio-familial adéquat[6]. Ou pour le dire mieux, on demande non seulement la qualité, mais celle-ci en quantité. Quant à la propension qu'à ce système à sélectionner par les seules mathématiques, elle est de notoriété, et semble relever d'une hiérarchisation utilitariste des intelligences.

 

Ø            Le décalage français

Qu'en est-il  dans ce contexte de la valorisation des diverses intelligences ? Si l'on juge des résultats médiocres de la France dans des classements internationaux, tel Pisa ou le classement de ShangaÏ, nos performances laissent pourtant à désirer. Nous formons  certes des esprits excellents qui trouvent du reste à mieux s'embaucher et à se réaliser en des pays moins spoliateurs des ambitions et des élans, mais ces classements tiennent aussi compte de la proportion insuffisante de ceux qui accèdent  à une vraie réalisation initiale d'eux-mêmes. Ne faut-il pas y voir le manque de souplesse d'un système qui dégoûte souvent plutôt qu'il n'invite. Le jeune américain a certes un moindre niveau à la sortie du secondaire, mais ayant mieux appris à apprendre, il passe les sélections et se réalise bien mieux dans le supérieur que le jeune français. Pistes…

 

De plus, à cet enseignement initial aux résultats globalement insuffisants, se rajoute un système de formation continue, chaotique et le plus souvent incapable de permettre au plus grand nombre, les réorientations rendues nécessaires chemin faisant. Tant que compte d'abord, et c'est une affaire de mentalité française, la place dans l'ordre d'arrivée à 18 ans, tant que règne l'ère de la diplomite aigue en lieu et place d'une réelle économie des compétences, il est à craindre que cette situation ne perdure. Peut-on accepter que toute une vie se joue sur quelque ordre d'arrivée atteint ou non à l'age requis? Ne doit-on se mettre en mesure d'inventer une vraie pluralité de réponses ouvertes, et en mouvement?

 

Ø            Sortir du dirigisme, laisser advenir la pluralité des réponses

 

Au final, la main-mise de l'Etat sur l'éducation reste donc  la première raison de l'échec  relatif ou tout du moins des piètres performances globales de notre système éducatif. Ce diktat est contraire à l'évolution démocratique de nos sociétés, et ne peut parvenir à  produire  les résultats qu'il dit par ailleurs viser au  nom de cet égalitarisme, os à ronger de ceux qui n'ont eu la chance de passer par le petit trou du sablier

 

La plupart des pays de l'OCDE, et au delà, sont sortis ou sortent du dirigisme scolaire, quelles que soient par ailleurs les options politiques qui les gouvernent.

 

La situation actuelle  peut être résumée ainsi: obsession de l'un au détriment du multiple, les mots unique, masse, premier, contrôle, centre, règles et règlements, entre autres itérations, étant dominants. Il n'y a pas à réparer l'existant mais bien à en changer résolument.

 

Cependant, plusieurs facteurs peuvent se révéler favorables à une sortie de la comédie scolaire un rien éculée, qu'on fait rejouer indéfiniment.

-          Une grande partie du corps enseignant et de sa hiérarchie va passer papy boomer, nécessitant un renouvellement des ressources humaines important; les  jeunes recrues ont certes tendance à emboîter le pas de leurs aînés, mais l'on peut penser qu'elles seront mieux disposées à des changements, si tant est qu'elles y voient leur intérêt;

-          Dans un récent sondage TNS-Sofres, il apparaît que les lignes bougent. Ainsi la remise en cause du collège unique ne fait plus problème à nombre d'enseignants qui ont bien été obligés d'en mesurer amèrement les résultats sur le terrain;

-          Les familles ne sont dupes des résultats de l'école française. Elles peuvent se révéler un formidable levier pour exiger des changements, même si il faut savoir leur présenter la perspective de ceux-ci de façon cohérente et rassurante;

 

-          Enfin, le système scolaire français qu'il le veuille ou non  sera de fait toujours plus en concurrence avec ceux des autres pays, dans un contexte toujours plus mondialisé.

 

Analyse et perspectives

 

Ø            L'un, le multiple

 

Nos sociétés sont rentrées dans une ère post-moderne, où la capacité à sélectionner et maîtriser l'information au sein d'une multitude d'infos toujours plus et mieux accessibles, est déterminante pour produire de la valeur. Les secteurs primaire et secondaire, s'ils ne sont négligeables, ne sont plus d'ores et déjà premiers, l'essentiel de l'activité présente et à venir, étant du coté des services.

 

C'est par le jeu de différenciations même infimes qu'on valorise ou  non une offre, et non par la reproduction en copie de l'existant. Nous sortons toujours plus de l'usine et par là de l'emploi posté et répétitif qui y règne peu ou prou. Il s'agit ici d'inventer, d'innover, de se singulariser. Chacun ici est bien un, mais un et multiple, pris dans le jeu des interactions multiples et variées. Sans sombrer dans un relativisme égalisateur, il nous faut reconnaître cette diversité toujours plus à l'œuvre et en vivre. Ce qui permet à chacun d'accepter que l'un ou l'autre conduise exclusivement un temps donné le navire, c'est que ce navire n'est en fait qu'un navire parmi d'autres, et que lui aussi  a son bateau plus ou moins grand, ou l'idée de son bateau et sa perspective réaliste. En résumé que l'avenir est ouvert et que je peux toujours y jouer diverses partitions quelle que soit ma position actuelle.

 

Ø             Non pas  tant réformer que rompre, déplacer.

 

Il ne sert à rien de replâtrer indéfiniment un système complexe, lourd et quasi ingérable dans les faits. Il faut en changer. Et donc défaire la main-mise envahissante et toujours plus ramifiée de l'Etat sur la chose scolaire.

 

Solution 1

 

Puisqu'il n'est  possible qu'à la marge  de passer à autre chose, il faut défaire le monopole en restituant à la société civile sa liberté d'invention sur le plan scolaire. On laisse le monopole se dépatouiller avec ses reliques et ses scories. Et on construit à coté des perspectives qui généreront au fur et à mesure une concurrence de fait, avec laquelle il sera bien obligé de se mesurer.

 

Solution 2

 

On introduit dans la machine scolaire, les ingrédients, libéraux, qui vont contribuer à la transformer. Il faut certes être méthodique mais il faut ici désigner clairement cette autre rive qu'on propose d'atteindre.

 

La perspective de changement est  en fait composée d'un mixte de ces deux solutions.

 

 

 

 

Ø            Le triptyque Libéral de base

 

 Il se résume en trois mesures :

 

-          liberté de choix d'usagers devenus  libres clients  des écoles de leur choix

-          autonomie  pédagogique et de gestion des établissements,

-          financement non pas des écoles mais des élèves. 

 

Ces trois mesures peuvent donner lieu à divers types de configurations dans les faits, mais conjointes elles suffisent à libéraliser l'éducation. Elles peuvent être évidemment déclinées  à tout niveau, du côté notamment de la liberté d'enseigner.

 

 

Ø            Vers une obligation de résultat

 

Des dépenses considérables, sans cesse en hausse, n'ont  su pour autant produire l'école qu'elles étaient censées permettre. Ceux qui ont bénéficié de moyens considérables en demandent encore plus, sans que pour autant  des résultats probants ne justifient quelque rallonge. Tonneau des danaïdes, l'EN, et ses multiples ramifications, ne fera mieux parce qu'elle obtient plus. Tout d'abord parce les ressources allouées doivent l'être de façon rationnelle et motivée, ce qui ne peut être réalisé dans le mode d'organisation actuelle de façon acceptable et encore moins optimale. L'organisation bureaucratique actuelle non seulement induit des coûts administratifs  importants, non moins que des lenteurs serpentines, mais de plus ne peut agir qu'en aveugle. Une procédure a beau être suivie à la lettre, cela ne veut dire que la ressource était réellement nécessaire et encore moins qu'elle va être bien employée.

 

Tant que la gestion  réelle d'un établissement ne sera pas clairement attribuée en toute  compétence et responsabilité au chef d'établissement, tant qu'il ne pourra définir, dans le cadre d'un cahier des charges minimal défini, l'utilisation optimale des ressources qui lui sont octroyées, le tonneau restera percé. Il faut certes prévoir en contrepartie une procédure d'évaluation  régulière, mais il n'y aura aucune responsabilité sans cette liberté consentie au chef d'établissement et à son équipe de management.

 

Quant à la composante pédagogique de l'autonomie des établissements, j'esquisse ou rappelle ci-après quelques pistes qui m'apparaissent importantes. Faisant pendant à cette liberté recouvrée, il faut évidemment veiller à une évaluation  complète et régulière de la  qualité des établissements, effectuée par des acteurs privés sous la responsabilité de l'Assemblée, via la Haute Autorité de l'Education.

 

-          Ma préférence va à un suivi personnalisé du parcours de chacun, ce grâce à une  évaluation fine permettant de produire sur le terrain, en temps réel, les réponses les mieux efficientes.

-          Si un enseignant doit disposer d'une vraie liberté pédagogique, il doit cependant contribuer  activement (et bénéficier en retour) à une vraie mutualisation des ressources disciplinaires et pédagogiques. Je n'entre ici dans le débat fort riche  qui peut en résulter pour le marché sans risque de l'édition scolaire, véritable rente.

-          N'y a t-il pas des métiers de l'école, plutôt qu'un seul, lesquels correspondent à plusieurs fonctions à coordonner : éduquer, accompagner, instruire, transmettre ? L'on retrouve ici les fonctions combinées, de l'éducateur, du coach, du formateur, et du professeur.

-          Le temps, doit être abordé de façon qualitative plutôt que quantitative comme à présent. Nombreux sont ceux qui,  ailleurs, notamment en Suède, se sont enfin posé la bonne question : non pas alourdir la barque d'heures mal, digérées, et souvent perdues, mais s'orienter vers l'heure utile, dans l'optique suivante : il vaut mieux qu'un élève ait passé deux heures au cours desquelles il  a eu le sentiment d'avoir appris ou expérimenté, plutôt qu'il n'ait subi  six heures ou plus, au cours desquelles il n'a eu que quelques minutes d'attention quand ce n'est pas même un instant.

-          Autre mythe à décaniller, la fameuse hétérogénéité garante du brassage social chère à nos socialo-communistes reconvertis en socio-démocrates. En apprentissage, il convient de maîtriser le degré d'hétérogénéité et de le rendre marginal. Cela peut permettre par ailleurs de diminuer  pour ces heures le ratio prof-élèves, d'où une économie nullement préjudiciable à l'élève. Les groupes de niveau, homogènes, qui sont de toutes façons pratiqués dans nombre d'écoles ayant à veiller jalousement  à leurs résultats, et ont été entérinés  en classes de langues par la récente loi Fillon, sont une réponse cohérente à la nécessité d'un enseignement adapté à une capacité transitoire réellement évaluée. Ne doit-on  les compléter par  un suivi individualisé de chaque élève en mini-groupe par un tuteur ?

-         Par ailleurs, des formations hétérogènes regroupant des élèves de divers niveaux, ages et compétences, (avec filtrage à l'entrée selon des pré-requis) sont jouables en groupes projets, et seulement là.

-          Une organisation souple et inventive qui permette de maîtriser selon divers objectifs le degré d'homogénéité et d'hétérogénéité, a donc ma préférence. Elle comprend un usage intelligent  des TIC et leur mise au centre des pratiques et des process d'échange, d'évaluation et de communication.  Il faut bien sûr combiner présentiel et virtuel.

-          Concurrence, partenariat, compétition doivent à mon sens être joués conjointement pour booster intelligemment vers le haut, les potentiels de chaque élève. La diversité de naissance tout autant que la diversité induite par l'acculturation se retrouve encore dans la pluralité des situations auxquelles aura à faire face chacun au cours de sa vie adulte.

 

L'école, affirmons le,  relève bien de l'entreprise, d'une entreprise certes particulière, et régie par des normes minimales, vérifiables, mais d'une entreprise tout de même. En cela, n'en déplaise à P. Meyrieu, sa  logique n'est pas tant une logique de moyens qu'une logique de résultats adaptée à son objet.

 

Mais cette réflexion n'a vocation à interdire d'autres approches. Seul le pluralisme peut permettre de générer les solutions performantes qui s'imposeront tout à tour à la majorité des acteurs.

 

Là encore, il convient non pas de réglementer, mais d'ouvrir  le champ des possibles. On ne doit indiquer ce qu'il faut faire et comment, où, quand, mais ce qu'il faut au mieux atteindre. A chacun de s'organiser pour se hisser à sa  manière vers cet objectif. 

 

-          Pour être éligible au financement public, chaque établissement doit répondre à un  cahier des charges imposant des quotas minimaux dans chaque  discipline à enseigner ainsi que le respect strict et vérifié des principes qui fondent notre appropriation de la démocratie (tâches incombant à une Haute autorité de l'Education indépendante du Ministère de l'Education et sous la responsabilité du Parlement).

-          Un test d'évaluation national, tel celui instauré en Finlande, permet d'avoir  régulièrement une image globale des résultats d'une classe d'âge. Mais il ne faut laisser à l'Etat le monopole de la définition de ce test, et préférer le confier à  la haute autorité de l'éducation, laquelle a obligation de faire procéder à son élaboration  régulière par délégation après appel d'offres, à plusieurs partenaires privés, sans que nul ne puisse monopoliser ce rôle dans le temps.

 

Quid des diplômes nationaux ? Ne doit-on leur préférer une mise en concurrence sur le marché de diplômes d'écoles ou de réseaux d'écoles, afin d'introduire ici aussi une saine diversité concurrentielle.

 

Ce qui vaut pour les diplômes ne doit-il également valoir quant à l'accès à la profession enseignante ? Hormis quelques garde-fous obligés, concernant notamment un niveau minimal exigible, détaillés dans un cahier des charges, obligeant les établissements  voulant être homologués comme éligibles au financement public, le recrutement par un établissement ou un réseau d'établissements doit être libre. Tout comme la  définition de la formation professionnelle exigée. On ne luttera contre le diktat des IUFM qu'en ouvrant là aussi le champ d'une pleine concurrence.  La formation des enseignants si elle requiert une exigence en termes de compétences tant disciplinaires que professionnelles, n'a  donc, elle aussi, à être monopolisée par l'Etat.

 

Il faut enfin permettre à des écoles privées ne voulant être  homologuées et donc non-éligibles au financement per capita, via ou non des chèques éducation, d'accéder aux financements privés dans une égalité de droit avec les autres établissements. Tout citoyen qui a recours pour l'éducation de son enfant, à une école privée hors homologation, doit être autorisé à déduire de son IR, l'équivalent de la contribution qui lui aurait été attribuée en chèques éducation pour la même période, s'il avait choisi un établissement homologué, public ou privé. La liberté de créer une école est juste soumise ici  au respect des  droits et lois en vigueur, la puissance publique ayant  au final, le droit de faire fermer un établissement ne s'y soumettant pas, notamment en ce qui concerne un socle démocratique indiscutable comprenant le respect sine qua non, des droits de l'homme, tels que définis en 1789.

 

Notre problématique consiste ainsi  non pas à imaginer puis imposer quelque modèle d'une école idéale qui viendrait prendre la relève d'un modèle en fin de vie avec lequel on fait des prolongations, mais bien à restituer à la société civile un secteur qui n'avait  à lui être confisqué.

 

L'Etat fixe les règles donc les limites du jeu,  organise l'évaluation des établissements, se donne les moyens de faire respecter le cadre prévu, mais n'a nulle prérogative à imposer  autrement ses orientations en amont ou en aval de l'acte éducatif. En quelque sorte, l'école est remise dans le libre jeu démocratique.

 

La liberté scolaire rendue tout d'abord aux citoyens et à leurs enfants, ne mène pour autant à la disparition des réseaux publics d'enseignement, on l'a vu récemment en Nouvelle-Zélande.  Mais placés en face d'écoles et de réseaux d'écoles privés, à tous les niveaux, ils sont obligés d'entrer en concurrence. Dés lors qu'un système de financement public assure le financement  non plus  de l'école, mais de la scolarité d'un élève, la restitution du libre choix scolaire au citoyen, constitue un facteur  de régulation vers le haut des pratiques scolaires bien mieux efficient que toute gouvernance centralisée.

 

Il reste, on le voit, à la puissance publique un certain nombre de rôles que nous aborderons plus avant, dont celui de produire régulièrement une évaluation des résultats et performances des établissements scolaires (quoiqu'on confère ce rôle à la Haute Autorité, et non plus au ministère, hors les inspections qui restent de son ressort mais peuvent être déléguées), ce sans que par là  puisse être réintroduit une sorte de  nouveau contrôle. En effet, comme l'a fait remarquer Philippe Némo, l'Etat ne doit pouvoir récupérer par l'aval des prérogatives dont il se serait défait dans l'amont. Par exemple, s'il peut gérer en délégation le système de financement de l'éducation, il ne doit se voir attribué  nulle prérogative sur celui-ci, se contentant de gérer ou faire gérer au meilleur coût le système de redistribution lié au financement per capita de l'élève.

 

Rappelons le, le financement va où va l'élève. La publication comparative des résultats des établissements est du ressort d'une  Haute Autorité, qui met en concurrence au moins trois  instituts privés annuellement par région. Un institut ne se verrait confié cette mission sur une même  aire géographique, plus de deux années consécutives, après quoi, il ne pourrait soumissionner une offre pour la même aire, durant le même temps. Tout cela doit être discuté et affiné avec l'objectif de rendre impossible dans les faits toute reconstitution d'un monopole quelconque.

 

********

 

Seul l'avènement d'un vrai pluralisme scolaire est à même de produire ce passage d'une école de l'économie des places aux réseaux d'écoles en concurrence, de l'économie des compétences et surtout des possibles. A la narcose égalitariste il nous faut substituer un système ouvert, seul à même d'instiller toujours plus avant dans notre société en mouvement, une réelle égalité des chances à tout âge et à tout moment.

 

Nous n'avons pas, quelle que soit notre préférence manifeste, à rechercher un nouveau modèle scolaire, mais à ouvrir un marché au sein duquel puissent se mesurer des écoles, leurs organisations, leurs méthodes, leurs résultats, leurs audaces. Telle est notre gageure. Et ce tant au plan de l'enseignement initial qu'au plan de la formation tout au long de la vie.



............

[1] Bien avant, cette emprise avait commencé, notamment en ce qui concerne les universités.

 

[2] Je ne conteste ici la nécessité de la protection de l'enfance et des mesures dérogatoires qu'elle peut nécessiter le cas échéant, mais bien plutôt que l'Etat s'arroge d'emblée une part dans l'éducation qui doit d'abord relever exclusivement relever de la responsabilité des familles. Même si dans les faits, c'est bien plus mélangé et souvent inextricable.

[3] Ce débat récurrent est en fait stupide. Si le maître doit diriger et l'élève écouter pour au moment voulu se mettre en mesure de devenir actif, ni l'un ni l'autre ne sont au centre. C'est la connaissance qui est au centre de cet échange et seule justifie l'école.

[4] Bon, on ne se plaint pour autant, au su du contexte français, que l'actuel gouvernement mette fin  à la méthode globale, mais que dire des versions lights, semi ou même huitième de globale, encore contaminées qu'on continuera à "professer", d'autant que le marché juteux de l'édition scolaire tient à écouler ses stocks de bentolilades ?

 

[5] L'on doit disposer d'un certain temps lorsqu'on annone sans être soumis aussitôt au diktat d'une comparaison impossible. Au reste, si l'école se doit d'être le creuset de la vie sociale, ne faut-il pas ici pousser les plus avancés à quelque apprentissage partenarial ?

 

Il n'est possible de faire admettre par tous le bienfait de la compétition, y compris le dernier sur la ligne d'arrivée, que si on l'induit au moment voulu. Sur la ligne de départ ne se confrontent que ceux qui ont appris peu ou prou à courir, pas ceux qui ne savent même encore marcher. En mettant trop vite les enfants dans des situations de compétition, on contribue non pas à la faire admettre, mais au contraire à ce qu'elle soit refusée par nombre de ceux, qui non ou mal préparés, n'ont pu la subir que comme une offense, trop tôt dans leur jeune âge.

 

[6] Si  l'on ne peut entériner jusqu'au bout  la proposition que systématise Bourdieu, il faut tout de même reconnaître qu'en l'état actuel du système, il vaut bien mieux se loger dans un centre ville avec lycée côté et écoles  et collèges en amont de même, pour avoir quelque chance de valoriser au mieux ses atouts.


Philippe Seigneur

Suite à venir... 

Par Philippe Seigneur - Publié dans : Service public de l'éducation
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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 18:53

Robert Thévenot m'adresse un document émanant du parti socialiste...J'en publie un extrait...


Conscient des fortes attentes des Français à son égard, le parti socialiste est déterminé à se mobiliser pour que le système éducatif travaille à apporter des réponses à cinq questions essentielles :

 

1. Comment démocratiser la réussite scolaire ?


2. Comment préparer et accompagner la vie professionnelle ?

3. Comment fonder la citoyenneté par l’éducation partagée ?


4. Comment rénover le fonctionnement de l’Éducation nationale ?


5. Quels territoires pour l’éducation ?

 

 

 

1. Comment démocratiser la réussite scolaire ?

 

Le système éducatif français obtient d’excellents résultats, mais seulement pour une partie des élèves qu’il scolarise. Inversement, 17% des jeunes d’une classe d’âge, soit 120 000 élèves essentiellement issus des familles les plus pauvres, quittent le système éducatif sans un diplôme de l’enseignement secondaire. Or l’obtention d’un diplôme est plus que jamais la meilleure garantie de l’insertion professionnelle et sociale. Aucune sortie de l’École ne doit se faire sans l’obtention d’une qualification reconnue.

 

Promouvoir la réussite de tous implique de garantir l’exercice du droit à l’éducation pour tous les enfants vivant sur le territoire national, sans distinction ni discrimination. Plusieurs mesures s’imposent alors :

 

 

 

La création d’un service public de la petite enfance

La réussite commence dès le plus jeune âge. Il faut mettre en place un service public de la petite enfance accessible aux enfants de moins de trois ans, en partenariat avec les collectivités locales et les associations. Ce service leur offrira, en articulation avec l’école maternelle, un encadrement pédagogique, médical et culturel dont les plus pauvres sont souvent exclus aujourd’hui.

 

Une scolarité obligatoire plus juste et plus efficace

 

Une scolarisation maternelle plus efficace

Afin de permettre à tous de suivre un parcours scolaire de réussite, la loi doit garantir la scolarisation dès trois ans aux familles qui le souhaitent. L’obligation ne pouvant à elle seule garantir la réussite de tous, il est prioritaire d’améliorer quantitativement et qualitativement la scolarité des jeunes enfants, pour mieux assurer la maîtrise de la langue parlée, notamment dans les zones défavorisées.

 

Une scolarité obligatoire rénovée : école-collège

La mission première de la scolarité obligatoire est de faire acquérir par tous les élèves un socle de culture commune autour de compétences et connaissances fondées sur la maîtrise des langages et des apprentissages fondamentaux, des outils modernes de la communication (TICE), en s’appuyant sur des activités concrètes et le travail en équipe. Les programmes doivent être fondés en priorité sur une logique de compétences.

La scolarité doit être effectivement aménagée en cycles, des pédagogies différenciées et des outils d’évaluation doivent être mis en place, le redoublement doit être progressivement abandonné au profit de dispositifs personnalisés et les expérimentations doivent être encouragées. Les nouveaux programmes de l’école primaire, élaborés sans concertation et contestés par pratiquement tous les spécialistes, devront être réécrits. La formation des enseignants et l’organisation pédagogique du collège seront repensées grâce à l’émergence d’établissements nouveaux organisés autour de grands champs pluridisciplinaires, dans le prolongement de l’école primaire.

 

Un accompagnement de tous pour démocratiser la réussite scolaire.

L’objectif premier est de réduire les besoins de soutien hors temps scolaire des élèves en cherchant à améliorer l’organisation et l’efficacité des activités pendant le temps scolaire. Des dispositifs d’accompagnement, dès les premières années de l’école primaire, doivent être proposés dans le service public d’éducation à tous les élèves. Cela suppose une organisation de l’école facilitant le travail en équipe et l’intervention immédiate du professeur.

Afin de lutter contre la marchandisation de l’École, il faudra développer toutes les formes d’aide gratuite d’accompagnement personnalisé hors temps scolaire. Ce combat contre les inégalités dans l’École doit être prolongé au sein d’une société éducative partagée, grâce à la participation de tous les partenaires de l’École : collectivités locales, associations dont celles d’éducation populaire, parents, monde du travail.

 

Une mise en œuvre du droit à la scolarisation des enfants handicapés

Les socialistes appliqueront effectivement la loi du 11/02/05 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », qui prévoit l’inscription de tout enfant « présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé », et que la droite a de fait laissée en jachère faute d’y avoir consacré les moyens suffisants.

Les dispositifs de service d’éducation spécialisée et de soins à domicile, de classe d’intégration scolaire, d’unité pédagogique d’intégration, doivent être développés en leur donnant les moyens de fonctionner comme des dispositifs ouverts. Il faut mettre en place un plan de formation de tous les personnels du système éducatif et favoriser l’accueil des enfants handicapés dans les activités périscolaires. Les liens entre l’école et l’établissement spécialisé doivent être renforcés dans le cadre de projets d’accueil individualisés et de projets personnalisés de scolarisation.

 

Proposer aux élèves un réel choix d’orientation

L’aide à l’orientation est aujourd’hui insuffisante. Aussi, en liaison avec les collectivités territoriales, la création d’un grand service public de l’orientation au service d’une formation tout au long de la vie, et intégrant les dispositifs actuels, permettra que les jeunes et les adultes soient informés pleinement des débouchés offerts par chaque voie de formation de façon à passer d’une logique de l’orientation par défaut à une logique de parcours éducatif et professionnel construit et accompagné.

 

Repenser l’éducation prioritaire

Il faudra établir un état des lieux précis de l’éducation prioritaire pour mettre en place un pilotage national en direction des établissements recensés comme étant en difficulté, ainsi qu’en direction des enfants des milieux populaires qui constituent très massivement les populations de ces établissements. Chaque établissement sera doté d’une infirmière scolaire et d’une assistante sociale à plein temps, et aucun collège ne devra dépasser six cents élèves.

 

Faire de l’École un agent du développement des territoires

En liaison avec une politique globale de solidarité urbaine, d’équilibre des territoires et de préservation du tissu rural, il faut diversifier et enrichir l’offre de formation dans les écoles et les établissements situés dans les quartiers populaires et en zone rurale isolée avec la création de « pôles d’excellence ». La carte scolaire sera repensée en fonction des contextes locaux pour supprimer les ghettos scolaires. L’assouplissement de la carte scolaire sera envisagé par choix concerté proposé aux familles au sein des bassins de formation, s’il facilite ou préserve la mixité sociale. Il faut enfin engager une concertation avec les responsables des établissements privés sous contrat pour que tous les établissements participant à la mission de service public financée par le budget de l’État et des collectivités territoriales respectent le même objectif de mixité sociale.

 

Un lycée au service de l’orientation et de la qualification

La transition collège-lycée pourra être favorisée par la mise en place d’un cycle de détermination comprenant les classes de troisième des collèges et de seconde des lycées, établi par conventions entre établissements scolaires d’un même bassin de formation.
Les lycées seront réaménagés en lycées des qualifications, pôles d’excellence construits sur une logique de grands secteurs d’activités : sciences et techniques ; lettres et langues ; sciences juridiques et sociales ; etc. Ce lycée, nouvel établissement éventuellement multi-sites, pourra regrouper et mettre en synergie cohérente les voies générale, technologique et professionnelle. Les élèves, appelés à suivre des enseignements communs, choisiront progressivement leur parcours de qualification. Les moyens seront mutualisés entre les voies, des passerelles mises en place.


Par l’amélioration ainsi apportée dans l’orientation des élèves, l’appel à des pédagogies adaptées et le recours accru à la politique de projets, les socialistes ont l’ambition de faire progresser régulièrement le nombre de bacheliers d’une classe d’âge.

 

L’amélioration de la liaison avec l’enseignement supérieur

80 000 étudiants quittent le premier cycle sans diplôme, gâchis inadmissible auquel s’ajoute le coût des redoublements. L’origine de ces échecs vient d’une insuffisante visibilité des formations de premier cycle de l’enseignement supérieur, de leur fonctionnement et de leur manque d’articulation avec le lycée.

 

L’articulation entre le lycée et les voies de l’enseignement supérieur sera favorisée par l’établissement de conventions entre ces voies et le lycée. Parmi les missions du cycle d’orientation du lycée figurera l’information des élèves sur les différentes formations supérieures, leurs taux de réussite et la situation actualisée des débouchés. La pratique de services d’enseignement mixtes sera favorisée par un recrutement significatif d’enseignants du second degré. Les élèves des voies technologiques et professionnelles du lycée seront prioritaires pour l’admission dans les filières technologiques supérieures.

 

2. Comment préparer et accompagner la vie professionnelle ?

 

Donner à tous une qualification

À tous les niveaux, des dispositifs pédagogiques adaptés doivent être prévus pour mettre en œuvre des passerelles entre formations professionnelles, technologiques et générale et développer l’enseignement en alternance. Ce type d’organisation devra permettre à tout élève qui le souhaite de bénéficier d’une formation lui donnant au minimum un CAP, quel que soit son projet d’orientation ultérieur. Tout élève sortant du système éducatif à l’issue de la scolarité obligatoire doit avoir droit à un crédit de formation lui permettant d’améliorer dans les meilleurs délais sa qualification par un diplôme reconnu. Il faudra par ailleurs créer un droit au premier emploi des jeunes, pour qu’aucun ne reste au chômage au-delà de six mois sans avoir accès à une formation, un emploi aidé ou un tutorat rémunérés. Les règles de rémunérations des apprentis et des élèves en périodes de formation en entreprises doivent être revues pour plus de justice.

 

Renforcer les formations scientifiques, technologiques et professionnelles

Un effort particulier, financier et pédagogique, devra être consenti en leur direction en raison de leur rôle dans l’accès à l’emploi, et de leur contribution à la politique industrielle du pays. Cet effort devra permettre de donner une place à l’issue de la scolarité obligatoire plus importante aux filles dans l’ensemble de ces formations.

 

Permettre à tous de suivre une formation tout au long de la vie

Chaque citoyen se verra attribué un crédit éducation-formation. Ce crédit, affecté aux formations initiale et continue sera accordé de façon à garantir l’égalité de tous dans l’exercice d’un droit individuel à la formation. Les passerelles seront multipliées entre formations initiales et continues, dans une démarche de service public, grâce à la création d’un Guichet unique de la formation dans chaque région avec antennes départementales. Ce Guichet s’appuiera naturellement sur le réseau des lycées des qualifications, ces derniers œuvrant sous l’égide des régions et en liaison avec l’enseignement supérieur.

 

3. Comment fonder la citoyenneté par l’éducation partagée ?

 

Élaborer une culture commune

Pour les socialistes, les citoyens doivent partager une culture commune fondée sur des valeurs intangibles : la liberté, l’égalité en droit et dans les faits (notamment des hommes et des femmes), la fraternité, la laïcité, la lutte contre les discriminations de tous ordres, la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers et communautaires, l’émancipation par le savoir et l’éducation. Profondément attachés au principe de laïcité qui préserve l’École du communautarisme et des prosélytismes, nous ferons de l’École le lieu privilégié de l’accès à ces valeurs, par le « vivre ensemble » et le « faire ensemble ».


Chaque élève construira au cours de sa scolarité un parcours citoyen. Les instances qui permettent d’initier et de faire participer les élèves à la vie démocratique seront renforcées.

 

Promouvoir une éducation partagée

L’éducation est partagée parce qu’elle est l’affaire de tous.
Les établissements scolaires pourront devenir des centres privilégiés d’interaction de tous les acteurs éducatifs de leur territoire et auront à s’ouvrir en dehors des plages de temps scolaires, annuelles ou hebdomadaires, afin de devenir de véritables « maisons des savoirs et de la formation », qui sous l’égide des collectivités locales deviendront des lieux essentiels de création et d’animation du lien social: formation des adultes, manifestations culturelles, ateliers, expositions…

 

Améliorer la relation avec les familles

Les socialistes donneront aux parents une place effective au sein de chaque établissement, de meilleures conditions d’accueil et de rencontres.

 

Diversifier les formes de recours éducatif

Des actions spécifiques de recours éducatif seront mises en place, la présence des adultes dans les établissements sera renforcée, le nombre des classes-relais et d’internats sera augmenté.


Les élèves les plus en difficulté bénéficieront d’aides individualisées de la part des enseignants. Dans les cas les plus graves de marginalisation, les élèves seront pris en charge dans des Centres éducatifs de réinsertion et d’activités civiques grâce à des partenariats locaux associant plusieurs administrations (éducation nationale, défense, justice, intérieur, affaires sociales…).

 

4. Comment rénover le fonctionnement de l’Éducation nationale ?

 

Instaurer une concertation globale

Les socialistes installeront une concertation régulière avec tous les acteurs de l’éducation nationale pour l’amélioration des conditions de travail des enseignants et pour la réussite des élèves, dont l’évolution au savoir, au temps, et au lien social nécessite une redéfinition du sens et des missions de l’Ecole.

 

Face à l’évolution des missions et des métiers de l’École, instaurer une véritable gestion des ressources humaines

Pour favoriser un recrutement socialement équilibré des personnels, un pré-recrutement devra intervenir à l’issue de la première ou de la deuxième année de la licence universitaire.

 

Le recrutement se fera sur concours au terme d’une formation universitaire et professionnelle simultanées et sera suivi d’une année complète de formation pratique et professionnelle au sein d’un institut académique rattaché à l’enseignement supérieur. Cette formation contiendra des enseignements communs à tous les métiers de l’éducation, des spécialisations disciplinaires et multidisciplinaires tenant compte de l’évolution des savoirs, des apprentissages aux activités transversales et à la pratique de projets interdisciplinaires en équipe. Les futurs enseignants suivront des stages pratiques couvrant plusieurs ordres d’enseignement. Des soutiens spécifiques seront accordés aux enseignants en difficulté. La mobilité professionnelle sera encouragée.

Corps d’inspection et personnels d’encadrement des établissements verront leur nombre augmenter, leurs conditions de travail facilitées, leurs missions clarifiées.

 

Aménager le temps de travail éducatif

Le service des enseignants devra être aménagé pour permettre la création d’un temps d’accompagnement pédagogique. Les activités demandant une présence supplémentaire seront rémunérées. Un effort prioritaire sera également entrepris dans le recrutement des catégories de personnels qui, aux côtés des enseignants, assurent de façon déterminante la qualité de la vie scolaire et le respect des règles de la vie commune : encadrement, répétiteurs, médiateurs sociaux, conseillers, personnels de santé, intervenants extérieurs agréés… Un effort significatif en liaison avec les collectivités territoriales sera entrepris pour améliorer les conditions de travail et favoriser ainsi le travail collectif au sein des établissements.

 

5. Quels territoires pour l’éducation ?

 

Rationaliser et préciser la répartition des compétences

Le rôle de l’État est de conduire une politique nationale ambitieuse, portant notamment sur les grands objectifs autant quantitatifs (taux de réussite, crédit de formation pour tous…) que qualitatifs (socle de culture commune, niveaux de formation, diplômes, cursus…). Il énonce les règles de recrutement et de gestion des personnels de l’éducation nationale. Il assure l’égalité républicaine de l’offre de formation sur tout le territoire national (éducation prioritaire, carte scolaire, soutiens spécifiques, actions incitatives, pôles pédagogiques expérimentaux…).

Ainsi l’État coopérera avec les différents échelons territoriaux : communes ou groupements de communes, départements, régions pour renforcer l’efficacité mutuelle de leurs actions.


La responsabilité des établissements scolaires sera valorisée, dans le cadre de projets élaborés et évalués contractuellement. Des rapports d’étape annuels devront être présentés par le chef d’établissement au conseil d’administration, dont la composition assurera la représentation équilibrée des différents acteurs et partenaires. Une part de la dotation globale, négociée avec la tutelle en fonction du public scolaire, pourra être utilisée pour définir un projet pédagogique et des profils d’emploi spécifiques.

 

S’ouvrir à l’espace européen

Les socialistes s’engageront résolument dans la mise en œuvre de la déclaration du Conseil européen de Lisbonne (mars 2000) qui vise à ce que l’Europe « construise un espace de la connaissance compétitif et dynamique, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».

 

La connaissance pratique d’une langue européenne sera amorcée dès l’école élémentaire, la maîtrise de la communication dans deux langues, dont l’anglais, devant faire partie des acquis en fin d’enseignement obligatoire. L’objectif est de favoriser la poursuite d’études supérieures dans un pays européen et de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes sur les marchés français et européen.

 

Une politique de reconnaissance mutuelle des qualifications sera mise en place débouchant sur la création de diplômes professionnels européens.

 

La formation des enseignants devra favoriser l’accroissement des échanges européens du primaire à l’Université. La mobilité des jeunes dans l’Europe sera encouragée par une politique de projets d’établissement favorisant les échanges, jumelages et coopérations.

 

Notre déclaration de principes récemment adoptée le rappelle comme une de nos finalités fondamentales : « Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine ».
L’École porte cette exigence. Une société sans éducation est une société sans avenir. Pour les socialistes, l’École doit être le premier lieu de promotion sociale et de lutte contre les inégalités, le lieu de la démocratisation de la réussite, le lieu où se construit une société de l’intelligence face à la société mercantile mise en œuvre par la droite.
Agir pour l’École publique et laïque, c’est redonner de la force à la République pour lui permettre de relever le défi de la société de la connaissance.

PS

Par parti socialiste - Publié dans : Service public de l'éducation
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Mercredi 25 février 2009 3 25 /02 /Fév /2009 09:42
 
Suite et fin de l'article de Christophe Chomant...


Pistes de méthodes politiques pour améliorer l’École en désamorçant les risques de réaction et de blocage


Il est possible – et relativement facile – de s’entendre pour définir les contenus d’amélioration de l’École. Mais plus avant, ce sont les méthodes de cette amélioration auxquelles il convient de réfléchir avec les plus grandes sagacité et prudence.

La moindre volonté affichée de « réforme », la moindre maladresse verbale d’un ministre de l’éducation peuvent en effet, dans notre pays, provoquer des grèves et manifestations d’ampleur conduisant à la démission de ce même ministre. Ce phénomène est dû à la présence persistante en France d’une minorité d’activistes marxistes et d’extrême gauche qui tiennent les rênes des deux principaux syndicats du primaire (le Snuipp) et du secondaire (le Snes), lesquels disposent des moyens idéologiques, logistiques et médiatiques de déclencher des grèves chez l’ensemble des enseignants (massivement de gauche). Ces derniers se mettent volontiers en grève, de peur de se voir soupçonné d’être de « droite » et rejeté de l’équipe enseignante.

En France, même les enseignants centristes ou de droite font grève de peur de se trouver étiquetés comme tels. Dans notre pays, le communautarisme idéologique et « l’instinct grégaire » des enseignants sont très forts. Pour des raison assez complexes, il est psychologiquement très difficile pour un enseignant français de ne pas s’affirmer « militant de gauche gréviste » comme ses collègues. C’est ainsi qu’un activiste extrémiste peut facilement faire régner une « loi idéologique » sur l’ensemble d’une équipe enseignante et déclencher une grève d’établissement que ne souhaitent pourtant pas au fond d’eux-mêmes la majorité de ses collègues. Ce phénomène, si l’on veut réussir, doit impérativement être pris en compte.

La « minorité active » ultra-égalitariste

Cette minorité active d’extrême gauche a pour dogmes :
1°) le rêve (irréaliste), hérité du marxisme et du babouvisme, d’une hypothétique société d’égalité des niveaux de diplôme, des statuts sociaux et des revenus ;
2°) corollairement une supposée égalité cognitive native (erronée) de tous les enfants ;
3°) corollairement la nécessité supposée de laisser ensemble dans la même classe tous les élèves jusqu’au plus loin qu’il soit possible (aujourd’hui la classe de 3ème) ;
4°) inversement l’assimilation de toute volonté de diversification du collège à de supposées valeurs réactionnaires ou ségrégationnistes (et/ou à une « soumission à la droite capitaliste et patronale ») ; 5°) et accessoirement la réduction de tout progrès possible de l’école à l’octroi sans fin de postes et de moyens supplémentaires, sans considération de gestion de l’argent public ni connaissance du monde économique.

Méthodes politiques de réforme de l’École

 

Le travail de réforme engagé par le gouvernement exigera tout particulièrement dans le domaine de l’école une difficile, délicate et intensive mission de pédagogie auprès des enseignants et de l’opinion publique, à fin de démontrer et affirmer nos valeurs de justice sociale contre de prévisibles accusations de « conservatisme » brandies par les minorités actives. L’amélioration de l’Éducation nationale sera une bataille non pas seulement de contenu mais également et surtout de méthode, de pédagogie et de communication.

Quelles pistes suggérer ?

A) Plutôt que de clamer haut et fort la nécessité d’une énième « réforme » en bloc, échelonnons  un certain nombre de  mesures qui bâtiront notre « réforme » à l’échelle des mois et des années.

B) Venons débattre avec nos opposants syndicalistes d’extrême gauche sur des plateaux d’émissions télévisées et en utilisant leurs propres arguments (qui sont aussi les nôtres) de justice sociale, d’équité, d’égalité des chances, de promotion des élèves issus des milieux populaires et immigrés, etc. Montrons-leur de façon publique que leurs discours et dogmes mènent paradoxalement à l’aggravation des inégalités sociales de réussite scolaire (puisque, dans le marasme du collège, notamment, ce sont les fils de cadre et d’enseignants qui tirent le mieux leur épingle du jeu) et que nos projets favorisent inversement de meilleures égalité des chances et justice sociale.

C) Venons sur le terrain, dans les établissements scolaires, surtout réputés « difficiles »,  expliquer nos idées et mesures auprès des enseignants et syndicalistes. Explicitons, argumentons, démontrons ! La visite régulière d’établissements scolaires évitera de surcroît toute erreur d’appréciation préjudiciable à la pertinence de nos mesures. Elle évitera également toute bévue ou maladresse verbale susceptible d’être sanctionnée par l’opinion publique. Rappelons régulièrement  aussi les qualités et mérites réels des enseignants – investis, dévoués, généreux, courageux, passionnés, hautement qualifiés, ouverts d’esprit…

D) À enjeu et budget national importants, moyens logistiques en conséquence ! Structurons le Ministère de l’Éducation nationale en un « super-ministère » se concentrant sur l’enseignement supérieur et la recherche, et chapeautant trois secrétariat d’État que seraient : l’enseignement primaire, le collège et « les » lycées, ainsi que suit :

Ministre de l’Éducation nationale

SE à l’enseignement primaire

SE au collège

SE aux lycées

Enseignement supérieur et recherche

Chacun de ces secteurs exige en effet un investissement à plein temps de son secrétaire d’État ou ministre pour mener à bien les améliorations nécessaires. L’exécutif devra être issu du monde de l’enseignement, pour une parfaite connaissance et expérience du terrain et de la psychologie de ses acteurs. Face à l’ampleur et à la puissance des potentiels blocages idéologiques en présence, un « administrateur » aura en effet moins de chance de convaincre et de réussir qu’un praticien issu du sérail.


Pour conclure

L’École est un enjeu important pour la paix sociale et l’avenir de notre pays. Confrontée à différents problèmes majeurs, dont la plupart se concentrent au niveau du collège, elle devra se trouver améliorée par une action politique dont la méthode devra se montrer lucide et habile. Une équipe ministérielle solide, constituée de professionnels issus du terrain et ayant réfléchi et travaillé en profondeur sur les problèmes de l’École, structurée en un super-ministère chapeautant plusieurs secrétariats d’État, sera à même de mener un travail de pédagogie auprès de l’opinion publique et des enseignants, de neutraliser les conservatismes d’extrême gauche, de faire évoluer les esprits et les pratiques, d’améliorer l’efficience de l’École, de permettre aux talents et motivations des élèves issus de tous les milieux sociaux de s’épanouir pleinement et de restaurer ainsi notre défunt ascenseur social républicain.

Christophe Chomant

Par Christophe Chomant - Publié dans : Service public de l'éducation
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