Un texte de Philippe Seigneur, écrit pour Alternatives Libérales...Qui peut nous intéresser.
Publication de la première partie.
Etat des lieux
- La main-mise de l'Etat sur l'Education
- Une pédagogie erronée
- Le mythe égalitariste, générateur d'inégalités
- Le mythe de l'école unique
- Un échec patent
- Une école d'ancien-régime ?
- Le décalage français
- Sortir du dirigisme, laisser advenir la pluralité des réponses
- L'un, le multiple
- Non pas tant réformer, que rompre,
déplacer
- Le triptyque libéral de base
- Vers une obligation de résultats
Orientations pour une action
politique
- Problématique: Lignes de force, lignes de fracture
- Premières propositions à Alternative Libérale
- Mesures suivantes proposées
Etat des lieux
Une école percluse de maux divers: monolithisme, égalitarisme, pédagogisme, diplomite , etc…
Ø La main mise de l'Etat sur l'Education
En France, l'ensemble du système éducatif relève encore du monopole de l'Etat, peu ou
prou. Si l'enseignement privé essentiellement confessionnel dispose de ses propres réseaux, il est le plus souvent soumis au régime du contrat d'association, ce qui prive les établissements
concernés de toute réelle autonomie, notamment au plan pédagogique.
Très vite, à la Révolution notamment sous l'influence de Danton, l'école est devenue
la chose de l'Etat, ce par quoi il entendait induire son action au sein de la société civile, au nom d'un intérêt général, supérieur à tous les intérêts particuliers. Ce jacobinisme s'inscrivait dans un mouvement hypercentralisateur au
long cours, qui fut encore renforcé par Napoléon, et se retrouva dans l'école de Jules Ferry. L'alliance entre les conservatismes de droite et de
gauche qui s'est imposée dans les faits depuis plus de soixante ans, a encore accentué cette main-mise de l'appareil d'Etat sur l'éducation. Nous
sommes du reste passés d'instruction publique, à éducation nationale au cours de cette longue histoire.
L'école, bien que dotée de budgets imposants et en constante expansion, l'école est devenue de fait une sorte d'état dans l'Etat,
entendant régir la formation et l'éducation de tous, dés le plus jeune âge. Espace investi majoritairement par une gauche qui en a fait dés
Langevin-Wallon, son bastion et sa base de repli, toutes les réformes tentées ou entreprises jusqu'à présent y ont échoué.
Plus récemment, lors du grand débat, il est vrai largement pris en otage
par les organisations syndicales, un consensus a semblé s'imposer, consistant à ne rien modifier ou à la marge, de l'emprise étatique. Les colberto-jacobino-marxistes se recrutent il est vrai
dans tout le panel politique. Ce grand déballage pour rien a donné la loi d'orientation (une tous les quinze ans) dite Fillon, qui tout en pratiquant la réforme homéopathique (une haute autorité
mais sans autonomie réelle et surtout sans moyens propres d'investigation) a en fait entériné le statu quo existant, même si certaines évolutions
pourraient être induites à la marge avec un peu de volonté politique.
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Cette école qui prétend sans rire pouvoir être la même partout en tous les recoins du territoire, cependant,
fonctionne mal, et ne produit pas les résultats que de loi en loi, l'on promet pour un moyen terme. Inadaptée, mal
organisée, peu réactive et si retorse à l'invention, laissant perdurer des aberrations pédagogiques en son sein, l'école publique actuelle en fait, entérine plus qu'elle ne corrige les inégalités
de naissance qu'elle rencontre. Enfin la sectorisation scolaire n'est contournée que par les mieux avertis ou/et les mieux fortunés.
Est-il sérieux de vouloir faire l'école indépendamment des publics qu'elle
rencontre ? Est-il à l'autre bout acceptable
d'arranger les enseignements initiaux en les dénaturant pour maintenir une fausse paix sociale ? Pourquoi ne prend t-on que si peu appui, sur les innovateurs qui çà et là s'acharnent envers et contre tout, à
produire des solutions originales ? Pourquoi cette obsession du même partout, comme soi-disant gage de la justice sociale ? Pourquoi la liberté de
choix des parents et élèves relève le plus souvent du parcours du combattant, et n'est en fait que bien peu assurée ? Pourquoi enfin cette intrusion systématique de l'Etat dans ce qui relève des prérogatives légitimes des familles?
Quelques constats:
Ø Une pédagogie erronée
Les maux sont connus et longuement dénoncés dans nombre d'ouvrages. Enseignements initiaux soumis au diktat d'un pédagogisme
quasi-criminel qui semble préférer l'animation à l'instruction et désarçonne d'emblée les plus faibles; fort taux d'illettrisme à l'entrée en sixième, quoique sans doute encore minoré, qu'on
retrouve du reste à la sortie, avec 20% d'une classe d'âge qui sort de quasi 15 ans d'écoles, sans qualification. La démocratisation de l'école, s'étant jouée au travers du concept de collège
unique, l'on a certes arrangé l'accès au sésame final qu'est le bac, mais en le déclassant. L'objectif de 80% d'une classe d'âge au Bac n'a certes été encore atteint, mais il a été maintenu dans
la récente loi censée fixer le cap du bateau France, question école. Ce qui n'empêche pas les étudiants d'échouer en masse, deux ans plus tard, sans
même décrocher un Deug. Non seulement la proportion d'une classe d'âge allant dans l'enseignement supérieur est faible comparée à d'autres pays (37% comparée à
62% aux EU et à +70% dans les pays d'Europe du Nord), mais qui plus est la réussite, nécessairement singulière, n'est pas au rendez-vous pour
beaucoup.
Ø Le mythe égalitariste générateur d'inégalités…
Le rôle tant vanté d'ascenseur social de l'école républicaine semble ainsi avoir fait long feu. Bien que l'on veille jalousement sur les
formulaires gossplan, à un strict égalitarisme (ubuesque et irréalisable formellement dans les faits…), la réalité est en effet toute autre d'une école ou d'un lycée à un autre. En effet,
mis à part les initiés, dont les enfants d'enseignants font ou peuvent faire partie, tous les autres sont assignés à résidence scolaire dés le début du parcours.
Sous prétexte d'une soi-disant égalité de traitement, l'on a dans les faits, entériné les partitions sociales, ce qui n'est du reste sans fournir les contingents de
mécontents dont les crypto-marxistes ont besoin.
L'égalitarisme, d'autre part, en s'attachant à produire un élève modèle introuvable et en ignorant , équeutant ou écrêtant tout ce qui
ne rentre dans ce cadre sociologisant, ignore la singularité de chacun, son nom propre. La tortue comme le lièvre sont ici perdants, puisque n'est accepté qu'un composé artificiel introuvable auquel il faut au mieux ressembler pour être l'élève conforme. Au
reste, la signification d'apprendre par cœur est ici largement méconnue dans son intelligence première, tout à fait appréciable. L'oral, qu'on a voulu pourtant booster, est bien sûr
ici, le parent pauvre de ce qu'on n'oserait peut être appeler école, si l'on réfléchissait un peu mieux à ce que Montaigne nous enseigna brillamment
autrefois. A force de vouloir rendre égal tout à tout prix, le syndrome de Caïn, conduit inévitablement à rompre l'égalité politique que chaque élève serait en droit d'attendre. Ce qui fait
accepter la différence de l'un à l'autre sans cesse en jeu, c'est en effet la stricte observance d'une égalité politique de l'un à l'autre. Et si chaque élève
est égal politiquement et pourtant singulier, alors pour respecter la seule égalité jouable, il faut en venir à tenir au mieux compte de la singularité de chacun à chaque instant.
Ce n'est pour autant en remplaçant la classe par le cours particulier ou le tout petit groupe, mais en reconnaissant le
jeu des altérités en toute configuration plutôt qu'une prétendue identité introuvable, ou tout du moins problématique. Il ne s'agit pourtant nullement de mettre l'élève au centre,
mais bien de considérer les subjectivités, sans les réduire à une objectivité formelle et déjà utilitariste, méconnaissance des visages par laquelle, d'ores et déjà, l'on dénombre les
êtres. Et les manque. As we use to say, i miss you.
Ø Le mythe de l'école unique
Là où d'autres systèmes scolaires n'ont cessé de développer un vrai système d'évaluation et d'orientation, d'écoles diverses et en concurrence, nous avons préféré le mythe d'une école
unique ignorant ou mal accueillant dans les faits, différences, difficultés et potentialités singulières. Ou ne pouvant tout du moins les prendre réellement en
compte. Cela va avec un présupposé de base de l'école française, entendue comme creuset où doit se forger la nation, et où doit au fond disparaître
ou s'effacer peu ou prou la singularité de chacun.
Ø Un échec patent
Les désastreuses expérimentations pédagogiques nées d'une forme lamentable de charité sociale qui prétendait rendre accessible à tous l'accès à la connaissance en l'édulcorant, ce qui n'a été sans la dénaturer, n'ont été sans détruire de nombreux écoliers en des
générations successives. Sans un rigoureux ensemencement initial qui passe par l'apprentissage systématique des bases initiales, ce que j'appelle les
gammes, les étapes ultérieures sont rendues inaccessibles ou tout du moins inutilement difficiles. Certes un petit nombre incompressible d'élèves en échec reste incontournable, mais l'inflation
des soi-disant dyslexiques est imputable à ces méthodes insensées, qui ont, par exemple en français, prétendu remplacer les apprentissages initiaux par les sous-produits fumeux d'une approche
linguistique de la langue. Je produis ainsi au mieux des spectateurs passifs de la langue, incapables de s'en faire une alliée, mais point des acteurs
indépendants, cultivant chaque jour davantage leur libre arbitre et leur capacité à intervenir dans le monde.
Cependant imposer par la loi, une sortie de cette approche que je crois
profondément erronée et délétère, ne peut relever que de l'authentique solution libérale préconisée plus loin:
si tant est que certains prétendent perdurer avec leurs méthodes plus ou moins globales, laissons-les s'emberlificoter dans leurs incohérences, mais simplement n'imposons à nulle famille, l'obligation que ses
enfants les subissent. Publions, pour protéger le libre choix des abus qu'on pourrait être tenté d'en faire, les résultats comparés des écoles, recueillis et mis en forme par des cabinets d'audit privés, eux-mêmes mis en concurrence et ne pouvant s'arroger une
position de monopole. L'approche aberrante cessera rapidement sans qu'il y ait là besoin de promulguer une énième loi ou quelque
décret.
Ø Une école d'ancien régime ?
La course au Bac tient lieu en cette scolarité de viatique. Dés le début, alors qu'il
conviendrait de cerner et d'accompagner les singularités dans un vrai processus d'apprentissage, l'on met les gosses en situation de compétition. Or celle-ci vient trop tôt pour être bénéfique.
Je veux bien participer à un jeu si j'ai quelque chance de gagner ou tout du moins de n'y être pas ridiculisé, guère
autrement. Il ne faut ainsi s'étonner que les zéros pointés aient développé une résistance et une allergie hors du commun à la chose scolaire. Aucune
organisation humaine ne résisterait bien longtemps ainsi, comme n'est pointé que ce qui va mal. Et il ne suffit de contrecarrer cette discrimination par une autre dite positive. Il faut tout
simplement se mettre en mesure d'accompagner chacun à son rythme, lui même divers et changeant, tout du moins à chaque phase d'apprentissage. Et ne pas enfermer un élève dans un résultat, mais au
contraire lui permettre de le dépasser. Si l'on se réfère par exemple aux arts martiaux, ne vont au combat que ceux qui sont passés par les
apprentissages successifs nécessaires, les autres s'éclateraient sur le mur.
Plus l'écolier avance dans sa scolarité, plus la pression se fait forte. Le seul horizon valorisé
étant ce mythique bac, tout autre orientation est le plus souvent vécue comme injure ou échec,
ce qui n'est pas sans expliquer le peu d'entrain qu'ont les jeunes à se diriger vers des voies professionnelles pourtant ouvrant à des emplois pérennes, (en des
secteurs où l'offre ne trouve suffisamment preneur), bien mieux qu'un enseignement général mal ingéré.
L'on peut représenter le système scolaire français par deux triangles, formant pointe à pointe un
sablier. Dans le premier triangle, base en bas, pointe en haut, tout le monde court vers un sommet, et c'est
toujours plus étroit, dans le second, pointe en bas, s'évasant vers le haut, les sélectionnés, peu nombreux, disposent toujours plus, le temps aidant, d'espace, de pouvoir, et de reconnaissance.
Surprotection du déjà dans la place face au nouvel entrant, qui n'est sans expliquer, entre autres phénomènes, la complicité de fait entre les corps
de troupe et la haute fonction publique.
L'on comprend que, dans ce contexte, les ménages dépensent sans compter
pour placer au mieux leurs enfants dans cette course où tout se joue autour de 18 ans. L'on comprend aussi qu'ils dévalorisent généralement les
filières professionnelles.
Au reste, même l'accès réussi à l'enseignement supérieur n'est qu'un leurre. Il y a d'un coté des universités tout aussi nombreuses que sous-financées, où
s'engouffre la piétaille de ce peuple mal dégrossi, qu'on qualifie de moyen, puis, à l'écart, des grandes écoles à l'accès difficile, seules garantissant une vraie élévation. Je caricature à
peine, si l'on observe les enquêtes. Un parcours repris après, ne mènera qu'exceptionnellement à une vraie équivalence dans les faits.
L'on a au préalable, sélectionné par la quantité plutôt que par la qualité, ce qui n'est sans favoriser, celles et ceux qui bénéficient d'un environnement socio-familial adéquat.
Ou pour le dire mieux, on demande non seulement la qualité, mais celle-ci en quantité. Quant à la propension qu'à ce système à sélectionner par les seules mathématiques, elle est de notoriété, et
semble relever d'une hiérarchisation utilitariste des intelligences.
Ø Le décalage français
Qu'en est-il dans ce contexte
de la valorisation des diverses intelligences ? Si l'on juge des résultats médiocres de la France
dans des classements internationaux, tel Pisa ou le classement de ShangaÏ, nos performances
laissent pourtant à désirer. Nous formons certes des esprits excellents qui trouvent du reste à mieux s'embaucher et à se réaliser en des pays moins
spoliateurs des ambitions et des élans, mais ces classements tiennent aussi compte de la proportion insuffisante de ceux qui accèdent à une vraie
réalisation initiale d'eux-mêmes. Ne faut-il pas y voir le manque de souplesse d'un système qui dégoûte souvent plutôt qu'il n'invite. Le jeune américain a certes un moindre niveau à la sortie du
secondaire, mais ayant mieux appris à apprendre, il passe les sélections et se réalise bien mieux dans le supérieur que le jeune français. Pistes…
De plus, à cet enseignement initial aux résultats globalement insuffisants, se rajoute un système
de formation continue, chaotique et le plus souvent incapable de permettre au plus grand nombre,
les réorientations rendues nécessaires chemin faisant. Tant que compte d'abord, et c'est une affaire de mentalité française, la place dans l'ordre d'arrivée à 18 ans, tant que règne l'ère de la
diplomite aigue en lieu et place d'une réelle économie des compétences, il est à craindre que cette situation ne perdure. Peut-on accepter que toute
une vie se joue sur quelque ordre d'arrivée atteint ou non à l'age requis? Ne doit-on se mettre en mesure d'inventer une vraie pluralité de réponses ouvertes, et en mouvement?
Ø Sortir du dirigisme, laisser advenir la pluralité des réponses
Au final, la main-mise de l'Etat sur l'éducation reste donc la première raison de l'échec relatif ou tout du moins des piètres performances globales de notre système
éducatif. Ce diktat est contraire à l'évolution démocratique de nos sociétés, et ne peut parvenir à produire les résultats qu'il dit par ailleurs viser au nom de cet égalitarisme, os à ronger de ceux qui n'ont eu la chance
de passer par le petit trou du sablier
La plupart des pays de l'OCDE, et au delà, sont sortis ou sortent du
dirigisme scolaire, quelles que soient par ailleurs les options politiques qui les gouvernent.
La situation actuelle peut
être résumée ainsi: obsession de l'un au détriment du multiple, les mots unique, masse, premier,
contrôle, centre, règles et règlements, entre autres itérations, étant dominants. Il n'y a pas à
réparer l'existant mais bien à en changer résolument.
Cependant, plusieurs facteurs peuvent se révéler favorables à une sortie de
la comédie scolaire un rien éculée, qu'on fait rejouer indéfiniment.
- Une grande partie du corps enseignant et de sa hiérarchie va passer papy boomer,
nécessitant un renouvellement des ressources humaines important; les jeunes recrues ont certes tendance à emboîter le pas de leurs aînés, mais l'on
peut penser qu'elles seront mieux disposées à des changements, si tant est qu'elles y voient leur intérêt;
- Dans un récent sondage TNS-Sofres, il apparaît que les lignes bougent. Ainsi la remise
en cause du collège unique ne fait plus problème à nombre d'enseignants qui ont bien été obligés d'en mesurer amèrement les résultats sur le terrain;
- Les familles ne sont dupes des résultats de l'école française. Elles peuvent se révéler
un formidable levier pour exiger des changements, même si il faut savoir leur présenter la perspective de ceux-ci de façon cohérente et rassurante;
- Enfin, le système scolaire français qu'il le veuille ou non sera de fait toujours plus en concurrence avec ceux des autres pays, dans un contexte toujours plus mondialisé.
Analyse et perspectives
Ø L'un, le multiple
Nos sociétés sont rentrées dans une ère post-moderne, où la capacité à
sélectionner et maîtriser l'information au sein d'une multitude d'infos toujours plus et mieux accessibles, est déterminante pour produire de la valeur. Les secteurs primaire et secondaire, s'ils
ne sont négligeables, ne sont plus d'ores et déjà premiers, l'essentiel de l'activité présente et à venir, étant du coté des services.
C'est par le jeu de différenciations même infimes qu'on valorise
ou non une offre, et non par la reproduction en copie de l'existant. Nous sortons toujours plus de l'usine et par là de l'emploi posté et répétitif
qui y règne peu ou prou. Il s'agit ici d'inventer, d'innover, de se singulariser. Chacun ici est bien un, mais un et multiple, pris dans le jeu des interactions multiples et variées. Sans sombrer
dans un relativisme égalisateur, il nous faut reconnaître cette diversité toujours plus à l'œuvre et en vivre. Ce qui permet à chacun d'accepter que l'un ou l'autre conduise exclusivement un temps donné le navire, c'est que ce
navire n'est en fait qu'un navire parmi d'autres, et que lui aussi a son bateau plus ou moins grand, ou l'idée de son bateau et sa perspective
réaliste. En résumé que l'avenir est ouvert et que je peux toujours y jouer diverses partitions
quelle que soit ma position actuelle.
Ø Non pas tant réformer que rompre, déplacer.
Il ne sert à rien de replâtrer indéfiniment un système complexe, lourd et
quasi ingérable dans les faits. Il faut en changer. Et donc défaire la main-mise envahissante et toujours plus ramifiée de l'Etat sur la chose scolaire.
Solution 1
Puisqu'il n'est possible qu'à
la marge de passer à autre chose, il faut défaire le monopole en restituant à la société civile sa liberté d'invention sur le plan scolaire. On
laisse le monopole se dépatouiller avec ses reliques et ses scories. Et on construit à coté des perspectives qui généreront au fur et à mesure une concurrence de fait, avec laquelle il sera bien
obligé de se mesurer.
Solution 2
On introduit dans la machine scolaire, les ingrédients, libéraux, qui vont
contribuer à la transformer. Il faut certes être méthodique mais il faut ici désigner clairement cette autre rive qu'on propose d'atteindre.
La perspective de changement est en fait composée d'un mixte de ces deux solutions.
Ø Le triptyque Libéral de
base
Il se résume en trois mesures
:
- liberté de choix d'usagers devenus libres
clients des écoles de leur choix
- autonomie pédagogique et de gestion des
établissements,
- financement non pas des écoles mais des élèves.
Ces trois mesures peuvent donner lieu à divers types de configurations dans
les faits, mais conjointes elles suffisent à libéraliser l'éducation. Elles peuvent être évidemment déclinées à tout niveau, du côté notamment de la
liberté d'enseigner.
Ø Vers une obligation de résultat
Des dépenses considérables, sans cesse en hausse, n'ont su
pour autant produire l'école qu'elles étaient censées permettre. Ceux qui ont bénéficié de moyens considérables en demandent encore plus, sans que pour autant des résultats probants ne justifient quelque rallonge. Tonneau des danaïdes, l'EN, et ses multiples ramifications, ne fera mieux parce qu'elle obtient plus.
Tout d'abord parce les ressources allouées doivent l'être de façon rationnelle et motivée, ce qui ne peut être réalisé dans le mode d'organisation actuelle de façon acceptable et encore moins
optimale. L'organisation bureaucratique actuelle non seulement induit des coûts administratifs importants, non moins que des lenteurs serpentines,
mais de plus ne peut agir qu'en aveugle. Une procédure a beau être suivie à la lettre, cela ne veut dire que la ressource était réellement nécessaire et encore moins qu'elle va être bien
employée.
Tant que la gestion réelle d'un
établissement ne sera pas clairement attribuée en toute compétence et responsabilité au chef d'établissement, tant qu'il ne pourra définir, dans le
cadre d'un cahier des charges minimal défini, l'utilisation optimale des ressources qui lui sont octroyées, le tonneau restera percé. Il faut certes prévoir en contrepartie une procédure
d'évaluation régulière, mais il n'y aura aucune responsabilité sans cette liberté consentie au chef d'établissement et à son équipe de
management.
Quant à la composante pédagogique de l'autonomie des établissements, j'esquisse ou
rappelle ci-après quelques pistes qui m'apparaissent importantes. Faisant pendant à cette liberté recouvrée, il faut évidemment veiller à une évaluation complète et régulière de la qualité des établissements, effectuée par des acteurs privés sous la responsabilité de
l'Assemblée, via la Haute Autorité de l'Education.
- Ma préférence va à
un suivi personnalisé du parcours de chacun, ce grâce à une évaluation fine permettant de produire sur le terrain, en temps réel, les réponses les
mieux efficientes.
- Si un enseignant
doit disposer d'une vraie liberté pédagogique, il doit cependant contribuer activement (et bénéficier en retour) à une vraie mutualisation des
ressources disciplinaires et pédagogiques. Je n'entre ici dans le débat fort riche qui peut en résulter pour le marché sans risque de l'édition
scolaire, véritable rente.
- N'y a t-il pas des
métiers de l'école, plutôt qu'un seul, lesquels correspondent à plusieurs fonctions à coordonner : éduquer, accompagner, instruire, transmettre ? L'on retrouve ici les fonctions combinées, de
l'éducateur, du coach, du formateur, et du professeur.
- Le temps, doit être
abordé de façon qualitative plutôt que quantitative comme à présent. Nombreux sont ceux qui, ailleurs, notamment en Suède, se sont enfin posé la
bonne question : non pas alourdir la barque d'heures mal, digérées, et souvent perdues, mais s'orienter vers l'heure utile, dans l'optique suivante : il vaut mieux qu'un élève ait passé deux
heures au cours desquelles il a eu le sentiment d'avoir appris ou expérimenté, plutôt qu'il n'ait subi
six heures ou plus, au cours desquelles il n'a eu que quelques minutes d'attention quand ce n'est pas même un instant.
- Autre mythe à
décaniller, la fameuse hétérogénéité garante du brassage social chère à nos socialo-communistes reconvertis en socio-démocrates. En apprentissage, il convient de maîtriser le degré
d'hétérogénéité et de le rendre marginal. Cela peut permettre par ailleurs de diminuer pour ces heures le ratio prof-élèves, d'où une économie
nullement préjudiciable à l'élève. Les groupes de niveau, homogènes, qui sont de toutes façons pratiqués dans nombre d'écoles ayant à veiller jalousement à leurs résultats, et ont été entérinés en classes de langues par la récente loi Fillon, sont une réponse
cohérente à la nécessité d'un enseignement adapté à une capacité transitoire réellement évaluée. Ne doit-on les compléter par un suivi individualisé de chaque élève en mini-groupe par un tuteur ?
- Par ailleurs, des
formations hétérogènes regroupant des élèves de divers niveaux, ages et compétences, (avec filtrage à l'entrée selon des pré-requis) sont jouables en groupes projets, et seulement là.
- Une organisation
souple et inventive qui permette de maîtriser selon divers objectifs le degré d'homogénéité et d'hétérogénéité, a donc ma préférence. Elle comprend un usage intelligent des TIC et leur mise au centre des pratiques et des process d'échange, d'évaluation et de communication. Il faut
bien sûr combiner présentiel et virtuel.
- Concurrence,
partenariat, compétition doivent à mon sens être joués conjointement pour booster intelligemment vers le haut, les potentiels de chaque élève. La diversité de naissance tout autant que la
diversité induite par l'acculturation se retrouve encore dans la pluralité des situations auxquelles aura à faire face chacun au cours de sa vie adulte.
L'école, affirmons le, relève bien de l'entreprise, d'une entreprise certes particulière,
et régie par des normes minimales, vérifiables, mais d'une entreprise tout de même. En cela, n'en déplaise à P. Meyrieu, sa logique n'est pas tant
une logique de moyens qu'une logique de résultats adaptée à son objet.
Mais cette réflexion n'a vocation à interdire d'autres approches. Seul le pluralisme peut permettre de générer les solutions
performantes qui s'imposeront tout à tour à la majorité des acteurs.
Là encore, il convient non pas de réglementer, mais d'ouvrir le champ des possibles. On ne doit indiquer ce qu'il faut
faire et comment, où, quand, mais ce qu'il faut au mieux atteindre. A chacun de s'organiser pour se hisser à sa manière vers cet
objectif.
- Pour être éligible au financement public, chaque établissement doit répondre à
un cahier des charges imposant des quotas minimaux dans chaque discipline à enseigner ainsi que le
respect strict et vérifié des principes qui fondent notre appropriation de la démocratie (tâches incombant à une Haute autorité de l'Education indépendante du Ministère de l'Education et sous la
responsabilité du Parlement).
- Un test d'évaluation national, tel celui instauré en Finlande, permet
d'avoir régulièrement une image globale des résultats d'une classe d'âge. Mais il ne faut laisser à l'Etat le monopole de la définition de ce test,
et préférer le confier à la haute autorité de l'éducation, laquelle a obligation de faire procéder à son élaboration régulière par délégation après appel d'offres, à plusieurs partenaires privés, sans que nul ne puisse monopoliser ce rôle dans le temps.
Quid des diplômes nationaux ? Ne doit-on leur préférer une mise en
concurrence sur le marché de diplômes d'écoles ou de réseaux d'écoles, afin d'introduire ici aussi une saine diversité concurrentielle.
Ce qui vaut pour les diplômes ne doit-il également valoir quant à l'accès à
la profession enseignante ? Hormis quelques garde-fous obligés, concernant notamment un niveau minimal exigible, détaillés dans un cahier des charges, obligeant les établissements voulant être homologués comme éligibles au financement public, le recrutement par un établissement ou un réseau d'établissements doit être libre. Tout comme
la définition de la formation professionnelle exigée. On ne luttera contre le diktat des IUFM qu'en ouvrant là aussi le champ d'une pleine
concurrence. La formation des enseignants si elle requiert une exigence en termes de compétences tant disciplinaires que professionnelles,
n'a donc, elle aussi, à être monopolisée par l'Etat.
Il faut enfin permettre à des écoles privées ne voulant être homologuées et donc non-éligibles au financement per capita, via ou non des chèques éducation, d'accéder aux financements privés dans une égalité de droit avec
les autres établissements. Tout citoyen qui a recours pour l'éducation de son enfant, à une école privée hors homologation, doit être autorisé à déduire de son IR, l'équivalent de la contribution
qui lui aurait été attribuée en chèques éducation pour la même période, s'il avait choisi un établissement homologué, public ou privé. La liberté de créer une école est juste soumise ici
au respect des droits et lois en vigueur, la puissance publique ayant au final, le droit de faire fermer un établissement ne s'y soumettant pas, notamment en ce qui concerne un socle démocratique indiscutable comprenant le respect
sine qua non, des droits de l'homme, tels que définis en 1789.
Notre problématique consiste ainsi non pas à imaginer puis imposer quelque modèle d'une école idéale qui viendrait prendre la relève d'un modèle en fin de vie avec lequel on fait des
prolongations, mais bien à restituer à la société civile un secteur qui n'avait à lui être confisqué.
L'Etat fixe les règles donc les limites du jeu, organise l'évaluation des établissements, se donne les moyens de faire respecter le cadre prévu, mais n'a nulle prérogative à imposer autrement ses orientations en amont ou en aval de l'acte éducatif. En quelque sorte, l'école est remise dans le libre jeu démocratique.
La liberté scolaire rendue tout d'abord aux citoyens et à leurs enfants, ne
mène pour autant à la disparition des réseaux publics d'enseignement, on l'a vu récemment en Nouvelle-Zélande. Mais placés en face d'écoles et de
réseaux d'écoles privés, à tous les niveaux, ils sont obligés d'entrer en concurrence. Dés lors qu'un système de financement public assure le financement non plus de l'école, mais de la scolarité d'un élève, la restitution du libre choix scolaire au citoyen, constitue
un facteur de régulation vers le haut des pratiques scolaires bien mieux efficient que toute gouvernance centralisée.
Il reste, on le voit, à la puissance publique un certain nombre de rôles
que nous aborderons plus avant, dont celui de produire régulièrement une évaluation des résultats et performances des établissements scolaires (quoiqu'on confère ce rôle à la Haute Autorité, et
non plus au ministère, hors les inspections qui restent de son ressort mais peuvent être déléguées), ce sans que par là puisse être réintroduit une
sorte de nouveau contrôle. En effet, comme l'a fait remarquer Philippe Némo, l'Etat ne doit pouvoir récupérer par l'aval des prérogatives dont il se
serait défait dans l'amont. Par exemple, s'il peut gérer en délégation le système de financement de l'éducation, il ne doit se voir attribué nulle
prérogative sur celui-ci, se contentant de gérer ou faire gérer au meilleur coût le système de redistribution lié au financement per capita de l'élève.
Rappelons le, le financement va où va l'élève. La publication comparative des résultats des établissements est du ressort d'une Haute Autorité, qui met en concurrence au moins trois instituts privés annuellement par région. Un institut ne se
verrait confié cette mission sur une même aire géographique, plus de deux années consécutives, après quoi, il ne pourrait soumissionner une offre
pour la même aire, durant le même temps. Tout cela doit être discuté et affiné avec l'objectif de rendre impossible dans les faits toute reconstitution d'un monopole quelconque.
********
Seul l'avènement d'un vrai pluralisme scolaire est à même de produire ce
passage d'une école de l'économie des places aux réseaux d'écoles en concurrence, de l'économie des compétences et surtout des possibles. A la narcose égalitariste il nous faut substituer un système ouvert, seul à même d'instiller toujours plus avant dans
notre société en mouvement, une réelle égalité des chances à tout âge et à tout moment.
Nous n'avons pas, quelle que soit notre préférence manifeste, à
rechercher un nouveau modèle scolaire, mais à ouvrir un marché au sein duquel puissent se mesurer des écoles, leurs organisations, leurs méthodes, leurs résultats, leurs audaces. Telle est
notre gageure. Et ce tant au plan de l'enseignement initial qu'au plan de la formation tout au long de la vie.
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